Le petit hôtel où je m'étais réfugiée appartenait à de braves gens, qui n'étaient pas en état de me garder, si je ne payais point. Je vis venir l'extrême misère. Mon hôtelier s'effarait de ma présence. Il m'avoua qu'il devait rendre compte de mes faits et gestes à la police, et que j'étais gardée à vue sans que je m'en aperçoive.
Il se trompait. J'avais remarqué, avec Olga, que nos moindres pas étaient observés. En pleine campagne, nous n'arrivions point à être hors de vue de quelque paysan ou promeneur qui affectait de ne pas prendre garde à nous, et qui, cependant, nous épiait plus ou moins gauchement.
Je sentais se resserrer autour de moi l'invisible trame d'une implacable contrainte qui voulait me pousser vers quelque nouvelle geôle, maison de santé ou prison, ou m'amener à déserter la vie.
En cette extrémité, le ciel eut, une fois de plus, pitié de ma souffrance.
Le jour qui était, je crois, le dernier que m'accordait ma petite hôtellerie, je m'étais laissée tomber sur un siège, devant la maison. Je me demandais ce que j'allais devenir. Un équipage parut, chose rare en ce pays peu fréquenté. Le cocher gesticulait, et j'apercevais dans la voiture un personnage d'un fort embonpoint, qui semblait en quête de quelqu'un ou de quelque chose dans le village.
C'était moi qu'il cherchait!
Je fus bientôt prévenue qu'un envoyé du Comte arrivait de Budapesth et demandait à me parler.
A ces mots, je me sentis soulevée hors de l'abîme. Mes épreuves, pourtant, n'étaient point terminées…
Le seront-elles jamais?
L'homme de confiance que je reçus avait pour mission de m'aider à sortir d'Allemagne. Il fallait que je traverse l'Autriche et que j'aille en Hongrie, où je pouvais compter, à présent, sur des sympathies agissantes.