Le Roi voulut, dès longtemps, nous réduire, mes sœurs et moi, au minimum de ce qu'il croirait convenable de nous attribuer, c'est-à-dire beaucoup moins qu'à l'erreur de l'âge et des passions tardives, parce qu'après la mort de notre frère Léopold, il ne vit jamais en nous que des héritières repoussées par son ambition, torturée de n'avoir pas de descendance mâle.
Seule de mes sœurs, j'ai pu observer que, dans les années qui suivirent la mort de son fils, le Roi, à diverses reprises, se montra d'une humeur différente avec notre mère; il fut même aimable et plus fréquent. J'ai compris, devenue femme.
Clémentine vint au monde. Sa naissance avait été précédée d'une espérance déçue; et l'enfant qui arrivait était encore une fille!
Le Roi renonça, prenant en grippe l'admirable épouse à laquelle Dieu refusait de rendre un fils. Mystère des épreuves humaines.
Quant aux filles nées de l'union royale, elles furent acceptées, tolérées, sans que le cœur du Roi s'ouvrît vraiment pour elles.
Cependant, nous n'en fûmes pas totalement exclues. Les sentiments de notre père à notre égard varièrent selon les circonstances, et pour moi, notamment, selon les calomnies et les intrigues. Ma sœur Stéphanie eut aussi à en souffrir.
Mariées toutes deux, de bonne heure, parties au loin, privées de l'occasion de revoir souvent le Roi, nous ne pouvions prétendre à être l'objet de sa constante pensée. Nous courions le risque d'être aisément desservies par des courtisans au service de nos ennemis.
Clémentine fut mieux placée. Elle eut de lui toute la tendresse qu'il pouvait accorder à l'une de ses trois descendantes, restée près de lui et qui l'entourait d'affection filiale, et conservait à la Maison Royale les traditions qu'à défaut de la Reine, savait y représenter une fille de la mère que nous avons eue.
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