Plus tard, lorsque le Roi mourut, j'avais recouvré ma liberté par une évasion qui fut l'œuvre de l'ami sans pareil qui, une première fois, m'ayant sauvée de moi-même, me sauvait de la prison et de la folie, après avoir failli, lui aussi, succomber sous les coups de la haine.

Mais ma liberté reconquise fut un nouveau crime, ma fidélité à un idéal incarné en un dévouement unique, un surcroît de forfait.

Quand je vins assister aux funérailles de mon père, je fus quasi gardée à vue. On me limita le terrain que je pouvais parcourir sur le sol de ma patrie. La fille aînée du grand Roi que la Belgique venait de perdre ne trouva, comme accueil, que celui d'une police en vêtements de cour, et fleurie de formules polies.

Oh! je n'incrimine personne, pas même des serviteurs dont je connus la servilité. Je sais combien il est tentant et profitable d'égarer les princes, et de quelle puissance est sur eux le mauvais conseil qui se pare d'un air de dévouement.

J'explique seulement pourquoi je ne suis pas restée davantage dans ma patrie bien-aimée.

Enfin, la guerre affreuse est survenue, au lendemain des débats du procès de la succession du Roi. Et, pour le coup, j'ai été encore plus définitivement rayée de la nation belge. Car, à toutes mes abominations, j'avais ajouté celle de croire qu'il y avait des juges en Belgique.

J'étais prisonnière à Munich, ou peu s'en faut, surprise en Bavière par les hostilités, et traitée en princesse belge, c'est-à-dire fort mal, comme on le verra plus loin.

A Bruxelles, je devins princesse ennemie, et, dès l'armistice, proclamée étrangère dans la patrie à l'intérêt de laquelle j'ai été sacrifiée à dix-sept ans, je me suis vue mise sous séquestre…, en prévision, surtout, de ce que je pourrais avoir, si l'impératrice, ma tante, venait à mourir.

Or, c'est de l'Histoire, mon mariage avec le prince de Cobourg a été annulé en 1907, par sentence du tribunal spécial de Gotha, jugeant suivant le droit des Princes, dûment transmise au Maréchalat de la Cour à Vienne. Le divorce a été acquis dans toutes les formes minutieuses de la procédure des Cours, et du statut de l'ancienne Maison d'Autriche. Le Roi m'a rendu officiellement mon titre de Princesse de Belgique.

De cela, qui n'est point rien, il n'a pas été fait cas, à Bruxelles—simplement.