Il est vrai que la loi hongroise ne reconnaît pas le droit des Princes et la procédure de Gotha. Pour elle, en raison des biens que possède la famille de Cobourg, en Hongrie, je suis demeurée Princesse de Cobourg.

Je me perds dans tous les liens où l'on m'a enchaînée. Mais le bon sens me crie que la disparition de la monarchie austro-hongroise et la séparation de l'Autriche et de la Hongrie, mettant fin à l'état mixte, a mis fin à la situation de «sujet mixte» qui était celle du Prince de Cobourg.

Par ses ascendants et de lui-même, le prince Philippe de Saxe-Cobourg et Gotha, prince autrichien, est d'origine franco-germanique et non hongroise. L'union princière rompue, l'union civile abolie, je me sens délivrée et rentrée dans ma nationalité belge, selon la volonté même du Roi.

On a voulu l'ignorer à Bruxelles. On m'a baptisée hongroise parce que le prince de Cobourg a un majorat en Hongrie. Ne pourrait-on aussi bien, s'il était propriétaire en Turquie ou en Chine, me proclamer Turque ou Chinoise?

Je questionne. Je ne reproche rien, à qui que ce soit, surtout au principe supérieur d'autorité, pour la bonne raison que cela se passait dans un Etat dont le souverain et la souveraine s'étaient retirés devant l'envahisseur, afin de défendre le pays (on sait avec quel courage et quelle abnégation), à l'extrême frontière, préservée de la conquête ennemie. Ils rentraient en triomphe, tout à la joie de la victoire. Je veux penser que l'attitude adoptée à mon égard a été une fatalité du sort qui a voulu me faire étrangère dans ma patrie.

Cette patrie, si chère à mon cœur, j'ai pleuré sur elle en 1914. J'ai craint que son erreur, à mon égard, pût ajouter à ses malheurs.

Je savais que l'arrêt de Bruxelles me déniant, dans le bien paternel, jusqu'à la quotité disponible, avait déchaîné d'amères indignations à Berlin. Mon gendre, le duc de Schleswig-Holstein, beau-frère de l'empereur Guillaume II, était fondé à compter sur l'héritage du grand-père de sa femme.

Je ne dis point que dans la colère du souverain allemand devant la résistance de la Belgique, le souvenir de la déception d'un de ses proches, pour lequel il fut plutôt sévère, ait décidé de l'ordre d'écraser le petit peuple qui osait résister à la violation de sa neutralité. Mais il ne fut pas fait pour ramener l'irritable Guillaume II à la raison et à l'humanité, d'autant plus que ce malheureux, que j'ai connu dès mon enfance, était convaincu alors de son rôle de Fléau de Dieu et d'Invincible Justicier sur le théâtre de la guerre.

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Oublions un moment ces misères et ces douleurs, pour parler de l'époque où je fus heureuse dans mon heureuse patrie. C'était le temps où j'excursionnais avec la Reine, et découvrais le royaume de mes parents.