Il se levait avec une espèce de solennité, le visage recueilli, concentré. Il regardait la pendule. Il attendait le premier des douze coups, et quand il était proche, il disait:

—Joue la marche d'Aïda.

Alors, se reculant jusqu'au milieu du salon, il prenait une attitude d'officiant et prononçait des paroles incompréhensibles qui m'effaraient.

Il articulait des formules cabalistiques en ouvrant les bras, la taille cambrée, la tête rejetée en arrière.

Dans ses paroles mystérieuses, revenait le mot Kopt ou Kofte; ou Cophte (?), que je lui ai demandé d'écrire, un jour. Il a tracé des lettres dont je n'ai point su ce qu'elles étaient, sauf que j'ai cru y reconnaître une sorte de caractères grecs.

Je l'ai questionné après ces séances, car, pendant, il fallait se taire et jouer la marche d'Aïda. Il m'a répondu en somme:

—Le démon existe. Je l'appelle et il vient!

Je n'en croyais rien; je veux dire que je ne croyais pas à sa visite. J'avais un peu peur tout de même. Et, quand mon beau-frère recommençait, je cherchais à découvrir si rien d'insolite ne se révélait autour de nous. Mais il n'y avait d'insolite que Ferdinand et ma curiosité—et notre avenir à tous deux!

Fécond en singularités, il enterrait les gants et les cravates qu'il avait portés. C'était encore toute une cérémonie à laquelle, parfois, j'ai dû assister. Il avait lui-même creusé la fosse, et il prononçait aussi des paroles étranges, d'un air mystérieux.

Sa bouche prenait alors ce pli amer que l'âge devait accentuer.