Jouait-il avec le Dominateur, et gagnait-il à ce jeu l'esprit de domination qui devait être si fort chez lui?

Etait-ce une sorte d'excitation cérébrale qu'il cherchait dans des pratiques où je crois bien qu'on s'auto-suggestionne dangereusement?

Je laisse aux aliénistes, aux occultistes et aux casuistes le soin d'apprécier ce cas. Je suis un témoin. Rien de plus.

Il n'était pas encore prince de Bulgarie. On ne voyait en lui qu'un aimable lieutenant de chasseurs autrichiens, qui venait des hussards parce qu'il ne sympathisait pas avec cet animal du haut duquel on peut tomber, et qui passe pour la plus noble conquête de l'homme. J'y mets des formes, mais je veux dire que Ferdinand de Cobourg était un déplorable cavalier.

Qui eût pensé que ce petit officier mis à pied, bien né, d'ailleurs, bien apparenté et fin, aurait un trône et rêverait, un jour, d'être empereur de Byzance?

Encore un qui avait préparé sa couronne, son entrée, et la cérémonie de couronnement, comme ce malheureux Guillaume qui s'attendait à se couronner lui-même Weltkaiser, dans Notre-Dame de Paris! Je me suis même laissé dire qu'il avait songé à une cérémonie où le Pape aurait dû venir, bon gré, mal gré, et où toutes les Confessions se seraient réconciliées dans la personne impériale, auguste et sacrée.

C'est vraiment trop pour un homme, aujourd'hui, d'être Roi, selon l'ancienne formule du pouvoir absolu. Ce vin est trop fort. Il monte à la tête.

Jadis le Prince, même souverain maître, n'entendait, ne voyait qu'un petit nombre de fidèles qui le gardaient et le tenaient, autant qu'ils le servaient. Il était en guerre les trois quarts du temps, et prenait sa part de la rude vie de soldat. A présent, il entend mille voix, mille gens, mille affaires. Il ne se bat plus, de sa personne, et la paix a des périodes prolongées. Le confort l'entoure et l'amollit. Le trésor des inventions et découvertes a tout changé autour de lui. Et quoique la valeur et l'aspect de la société et des individus se soient totalement modifiés, tout est encore à ses pieds!

Il y a de quoi perdre la notion des réalités, comme l'infortuné Tzar Nicolas la perdit, comme Guillaume II la perdit, comme Ferdinand de Bulgarie la perdit.

Car Ferdinand prit le pouvoir et le garda en autocrate, et je suis convaincue qu'il me saura gré de ne pas m'étendre sur sa politique et les moyens qu'elle employa.