L'EMPEREUR DE L'ILLUSION
Je veux parler de Guillaume II comme d'un mort. Il n'appartient plus à ce monde, il appartient à l'autre.
On m'excusera ici d'être sobre d'anecdotes. Il me serait pénible de ramener dans la vie et l'action ce disparu. Mon désir est de me borner à l'expliquer en connaissance de cause.
C'était une idée puérile de vouloir, sous de grands mots creux, cette petite chose: l'arrestation et le jugement d'une Domination effondrée dans la honte.
La société ne peut connaître des crimes contre la Civilisation, œuvre divine, puisqu'elle met l'homme au-dessus de la bête.
Guillaume II est tombé du trône, poussé, tenu par une main autrement puissante que celle d'un policeman. Il a connu la plus dure prison, l'exil, le régime le plus affreux, la peur; le plus terrible jugement sur terre, celui de la conscience.
Qui dira le secret des nuits de ce fuyard, traître à son peuple qu'il berça d'illusions et de mensonges, et mena à la ruine, à la guerre civile, au déshonneur? Car il ne s'est pas déshonoré seul, il a déshonoré l'Allemagne en déshonorant ses armes.
Quel est l'honnête Allemand qui, revenu, aujourd'hui, des intoxications guerrières, peut, sans frémir, entendre parler de Louvain, du Lusitania, des gaz asphyxiants et autres horreurs dont la responsabilité retombe sur Guillaume II?
Il faudra des siècles pour effacer la tache de sa folie meurtrière. Elle est l'ombre qui, répandue sur le malheureux Empire, le fait paraître monstrueux aux nations de l'Entente.
Or, je veux le dire tout de suite, parce que je la connais bien, l'Allemagne n'est pas ce que la Prusse impériale l'avait faite, et pourrait la refaire encore.