CHANSON D'OURIDA
Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
La belle rêvait, le voile épinglé;
La brise a soufflé….
La brise a soufflé sur la fine toile;
Le voile est ouvert, l'amour est passé,
Le coeur envolé.
Le ciel est ardent, la brise est légère;
Quelque cavalier, qui va son chemin,
Passe à la portière
De ton palanquin.
La belle, où va-t-il ton regard d'étoile?
Ton voile frissonne au vent du matin:
Qui donc, sous ton voile,
Fait trembler ta main?
Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
La belle rêvait, le voile épinglé;
La brise a souffle….
La brise a soufflé sur la fine toile;
Le voile est ouvert, l'amour est passé,
Le coeur envolé.
Le jeune homme est loin; la maison est close.
Qu'il fait chaud dehors! voici la fraîcheur.
La belle repose
D'un air de langueur.
A quoi songes-tu? Te voilà si pâle!
Tu penches ton front comme un lis en fleur.
Qui donc, sous ton châle,
Fait battre ton coeur?
Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
La belle rêvait, le voile épinglé;
La brise a soufflé….
La brise a soufflé sur la fine toile;
Le voile est ouvert, l'amour est passé,
Le coeur envolé.
La lune se lève et la nuit est pure.
—Ne dirait-on pas le trot d'un cheval?—
C'est l'eau qui murmure
Son chant de cristal.
Folle, il faut dormir. Quel rêve t'effleure?
Qui donc tient encore en ces lieux déserts,
En dépit de l'heure,
Tes beaux yeux ouverts?
Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
La belle rêvait, le voile épinglé;
La brise a soufflé….
La brise a soufflé sur la fine toile;
Le voile est ouvert, l'amour est passé,
Le coeur envolé.