On s'imagine qu'évacuer dans ce moment, c'est faire acte de soumission à l'Angleterre; c'est céder à une exigence du Piémont, contre lequel on est de mauvaise humeur. J'entends les bourgeois: les uns par un sentiment de jalousie contre un parvenu; les autres parce qu'ils trouvent l'ambition de Victor-Emmanuel trop audacieuse; ceux-là, parce qu'ils trouvent odieux l'invasion des Marches et du royaume de Naples; ceux-là enfin, parce que de grands politiques leur ont dit qu'un État homogène de vingt-cinq millions d'hommes était un voisinage fâcheux. Quelque bête que soit le pape, quelque mauvais vouloir qu'il montre contre l'empereur, on se dit que c'est le chef de la catholicité, et que l'abandonner en ce moment serait de la cruauté et de la faiblesse. Savez-vous qu'il part encore maintenant, pour Rome, des volontaires vendéens et poitevins, pour servir dans les zouaves du saint-père? Croyez que sa cause est immensément protégée par toutes les femmes vieilles et beaucoup par les jeunes.

Je ne sais ce que fera l'empereur, mais le cas est des plus embarrassants. Il ne s'agit de rien de moins que refaire l'administration du catholicisme.

Le pape, perdant la majeure partie, sinon le tout de ses États, il est évident que le sacré collège doit être remanié, et que la proportion d'Italiens en faisant partie doit être fort diminuée. D'un autre côté, il faut pourvoir à nourrir la cour papale, à la loger, etc.

J'ai été frappé que personne dans la discussion n'ait présenté cet argument: «On dit que l'indépendance du pape est nécessaire; soit. Mais comment vingt mille Français voltairiens peuvent-ils l'assurer? Qui répond qu'il est indépendant aux Espagnols, aux Allemands, aux Irlandais, etc.? S'il est de facto indépendant puisqu'il contrecarre les Français, qui le protègent, cela prouve que ce sont des imbéciles; mais, en d'autres temps, ils ont dépouillé un pape, l'ont pris, l'ont emmené, l'ont tenu en chartre privée; qui nous dit qu'ils n'en feront pas de même un de ces jours?»

Je continue à parier que l'on évacuera, et sous peu, mais ce qui en résultera pour ce gouvernement, je n'en sais rien; beaucoup de difficultés dans un sens et dans l'autre.

Adieu, mon cher Panizzi; vous aurez de mes nouvelles bientôt.

LXVIII

Paris, 8 avril 1861.

Mon cher Panizzi,