Un mot à la hâte, car je suis pressé: j'ai un travail pour le maître, et il faut le lui remettre promptement.

J'ai trouvé hier, chez M. Thiers, un Napolitain qui racontait que le général Pinelli avait voulu engager le jeune roi à se montrer aux soldats avant l'arrivée de Garibaldi, mais que Sa Majesté, plutôt que de courir le risque d'une revue, avait donné l'ordre qu'on la saignât.

On dit que Garibaldi est tout à fait dans la main de Mazzini. C'est à mon avis ce qu'il y a de plus malheureux, mais j'espère que ce n'est pas vrai.

Adieu, mon cher Panizzi. Avant-hier, j'ai diné aux Tuileries. Nous étions en très petit comité. Point de personnages officiels, sinon M. Fould, à qui il m'a semblé qu'on faisait beaucoup de caresses. Sa Majesté ne m'a pas parlé du pape, mais beaucoup de César. Je lui fais un petit travail sur la religion des Romains, et j'insiste sur l'avantage qu'ils avaient de se dire la messe à soi-même, au lieu de payer un étranger pour cela.

LXIX

Paris, 14 avril 1861.

Mon cher Panizzi,

Ici, je vois des gens fort inquiets de l'état de nos finances. Les gens d'affaires demandent M. Fould à grands cris. Je crois qu'il a fait à son maître des conditions un peu sévères, et qu'il se passera quelque temps avant qu'il s'y soumette. On dit aussi que les grandes maisons grecques d'Angleterre, de France et de Turquie sont en mauvais état et que la banqueroute très imminente de l'empire ottoman entraînera la leur et bien d'autres catastrophes. Il semble que les finances de l'Italie ne sont pas non plus dans un bien bon état.

Le pire, c'est que voilà Garibaldi redevenu fou et prêt à faire delle grosse. Croyez-vous que Cavour et le Parlement soient en état de lui résister? Bien des gens en doutent, et on annonce que la rupture sera éclatante avec accompagnement d'émeutes. Qu'en pensez-vous?