Paris, 19 mai 1865.
Mon cher Panizzi,
Madame de Montijo est arrivée ici très enrhumée, et la vue pire que lorsque vous étiez à Biarritz. C'est, pour une personne si active, un très grand malheur ; mais elle le supporte avec courage, et se tire d'affaire même, sans que bien des gens s'aperçoivent de son infirmité. Le comte de las Navas et sa femme sont avec elle. L'un et l'autre en bonne santé. Ils m'ont demandé beaucoup de vos nouvelles.
Que dites-vous des cent mille dollars offerts par le président Johnson? Croyez que ces affreuses canailles de Yankees nous donneront sous peu, à vous et à nous, de fiers tracas.
On commence à croire que le Corps législatif ne voudra pas voter le budget des travaux extraordinaires. Fould, qui s'était fort opposé à ce qu'il fût présenté, a eu le tort de chercher ensuite des moyens d'exécution qui rendissent la chose possible.
Adieu, mon cher Panizzi. Vous savez que Libri est un homme du XVIe siècle qui ne se fie à personne, comme était Benvenuto Cellini qui tournait les coins de rues all' largo.
XLIII
Paris, 23 mai 1865.
Mon cher Panizzi,
Je suis bien désolé de ce que vous me dites de lady Zetland. C'était — car je crois qu'il faut maintenant parler d'elle au passé — c'était une femme comme il n'y en a plus guère, distinguée, s'intéressant à tout et parlant bien de tout. Quoique je l'aie très peu vue, je l'aimais plus que des femmes avec qui j'ai eu de plus intimes relations. Lorsque vous verrez lord Zetland ou quelqu'un de la famille, veuillez lui dire toute la part que je prends à leur malheur.