À la suite de cette application sur un jeune militaire qui ressemblait presque à un cadavre étique, il se fit par le nombril où avait donné le vésicatoire une suppuration si effrayante que nous appelâmes une consultation: il fut sagement décidé de ne rien faire. Cette suppuration s'arrêta graduellement sept à huit jours après, et le malade quitta l'hôpital bien guéri.
Une fièvre violente, après l'exhibition de l'émétique, au lieu de l'amendement que nous attendions, fut l'exacerbation de la maladie chez les malades auxquels, en suivant la marche ordinaire, nous croyions devoir administrer les toniques: les hémorragies nasales qui seules jugeaient complètement ces exacerbations, au moins chez les jeunes gens, nous ont convaincu de l'existence de la complication phlogistique.
Nous supprimons le journal d'une foule de cas intéressants, où, en suivant scrupuleusement l'effet des remèdes, nous n'avons pas négligé de peser sur nos fautes qui heureusement n'ont pas été meurtrières, et ont servi à nous redresser.
Nous ne croyons pas néanmoins pouvoir nous dispenser de mentionner deux malades chez lesquels l'application du vésicatoire sur le bas ventre n'a eu aucune bonne suite.
Le premier exemple est celui d'un jeune homme apporté fort tard: il n'avait reçu aucun secours, il éprouvait des douleurs intestinales cruelles; il était sans forces: dans cet état il montrait tous les signes d'une affection gastrique.
Combien de fois n'avions-nous pas donné avec succès un émétique secondé par les cordiaux dans les situations extrêmes; mais, dans cette circonstance, notre audace ordinaire fut arrêtée: les contre indications étaient trop évidentes. Nous nous déterminâmes donc à ordonner l'application d'un vésicatoire sur le bas ventre, quoique l'état gastrique nous contrariât, et que nous fussions bien éloignés de nous dissimuler que cette application était difficile, qu'elle exigeait la réunion de toutes les indications: le souvenir de son effet héroïque était peut-être trop présent à notre mémoire; notre espoir, qui consistait à calmer les douleurs, à relever un peu les forces, afin de pouvoir administrer ensuite un éméto-cathartique ou bien quelques minoratifs, fut entièrement déçu. Les douleurs ne perdirent rien de leur intensité, la chaleur et la sécheresse de la peau redoublèrent, le pouls fut très fébrile, les forces misérables: les bols nitrés, camphrés, tous les opiatiques ne furent que des palliatifs momentanés; le malade périt deux jours après l'application des vésicatoires, ayant essuyé de grandes souffrances.
Le second malade était un de ceux auxquels tous les astringents de notre pharmacie étaient inutiles pour arrêter un flux colliquatif bourbeux, sanguinolent, et qui périssait nécessairement. Nous eûmes recours au vésicatoire, comme rubéfiant, comme tonique: mais si ce moyen, ainsi que l'a observé Stoll, et comme nous l'avons vu nous-mêmes, est déplorable dans les maladies gastriques, il ne rend pas non plus les forces éteintes; il peut seulement, à titre de puissant antispasmodique, les développer, les disséminer, les rappeler du centre à la périphérie.
Nous avons constamment observé qu'il ne faut pas craindre de répéter l'administration des vomitifs envers tous ceux qui par la nature de leurs fonctions approchent journellement les malades, vivent au milieu d'eux, ou les servent. Il faut suivre les préceptes de Stoll. Les infirmiers âgés, sur lesquels on ne peut faire usage de cette méthode, trouvent presque tous dans leur service, des maladies et une mort assurée. C'est peut-être ainsi que l'on perd, sans pouvoir la remplacer, cette classe d'hommes très précieux, quand ils sont, ce qui est bien rare, pénétrés de leurs devoirs.
Quoique l'émétique trouve certainement beaucoup moins de contre indications que ne le prétendent les Boherraaviens, il ne laisse pas que d'en rencontrer assez fréquemment chez nos militaires; un très grand nombre portent des obstructions considérables qui sont la suite des fièvres qu'ils ont éprouvées en Italie: cette contre indication est d'autant plus digne de remarque que les médecins dans les hôpitaux, à cause de la grande quantité de malades, n'explorent pas toujours le bas ventre, et se contentent de saisir une ou deux indications frappantes, sans s'astreindre à les réunir toutes.
Outre quelques jaunisses avec fièvre qu'on pourrait rapprocher de la fièvre jaune d'Amérique, il s'est présenté plusieurs ictériques sans fièvre: ces derniers ont été rappelés à leur couleur naturelle à l'aide de quelques gouttes de liqueur anodine et minérale d'Hoffmann, d'une moindre quantité de celles d'essence de térébenthine, dans un jaune d'œuf auquel on ajoute un peu de safran et de sucre qu'on leur faisait prendre pendant trois ou quatre matins. Ce remède, qu'on regarde comme empirique, peut fort bien être soumis à la médecine rationnelle, en pensant que ces ictères proviennent souvent des mouvements spasmodiques dans les organes sécrétoires de la bile.