Dans les dysenteries gastriques anciennes, lorsqu'il y a douleur avec des selles fréquentes, nous nous sommes très bien trouvés de l'usage d'une petite quantité de rhubarbe associée à la gomme arabique et quelques gouttes de la teinture anodine de Sydenham dans un verre de petit lait. Cette formule appartient presque entièrement à Monro, médecin des armées britanniques, dont le traité de médecine militaire traduit dans notre langue, et considérablement augmenté par Le Begue de Presle, est entre les mains de tout le monde.
Nous abrégeons, et nous finirons en nous pénétrant de l'avantage inappréciable qu'on goûte à connaître la constitution régnante. Une foule de toux qu'on aurait cru être pectorales n'ont cédé qu'aux minoratifs répétés, composés avec la manne et l'oxyde d'antimoine sulfuré rouge.
Nous avons la satisfaction de pouvoir assurer que le nombre des malades que nous avons perdus n'a été si considérable que parce que plusieurs ont été commis à nos soins lorsque les secours de l'art ne pouvaient plus leur être d'aucune utilité. Il est aussi utile d'observer que notre hôpital a été précédemment encombré par des maladies extrêmement graves, circonstance qui l'a rendu évidemment suspect à habiter; c'est ce qui a déterminé le médecin en chef à faire ordonner que le nombre des fiévreux fût réduit d'un tiers, en évacuant cent malades sur le grand hôpital placé au milieu d'un camp retranché, et connu jusqu'ici sous le nom de ferme d'Ibrahim-bey.
Nous avons encore à nous plaindre de n'avoir pu obtenir de nos malades la plus petite modération dans le régime: à peine étaient-ils sortis d'un état pitoyable, qu'ils se livraient à l'intempérance, buvaient de mauvaise eau-de-vie et en quantité, et commettaient d'autres excès; aussi en ont-ils été les tristes victimes. «Il faut non seulement que le médecin fasse son devoir, dit le premier aphorisme d'Hippocrate, mais il faut encore que le malade fasse ce qui convient, aussi bien que les assistants, et qu'il fasse cadrer à ses vues les choses extérieures[1].»
TOPOGRAPHIE
Physique et médicale du vieux Kaire;
par le citoyen RENATI, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.
Le vieux Kaire diffère peu dans sa bâtisse du reste des grandes villes de l'Égypte: on y rencontre partout de vastes édifices ruinés, de petites maisons sans jour, et des huttes très basses, malpropres, presque souterraines, extérieurement emplâtrées de fumier, qu'on y attache pour le faire sécher, et dont on se sert ensuite pour remplacer dans le chauffage le bois qui est très rare. Les rues sont étroites, mal percées, et sans pavé: la ville est baignée à l'est par le Nil, et à l'ouest elle est entourée de monticules poudreux, produits de décombres, cernés eux-mêmes par un désert de sables. À un demi-quart de lieue s'élève le Moqattam, aride, brûlé, et sur lequel on peut à peine arrêter les yeux quand il est éclairé par le soleil. Dans l'espace intermédiaire on observe des ruines, que quelques-uns croient être celles de l'ancienne Babylone, remarquables, au reste, par une assez forte muraille, des édifices en partie démolis, mais qui ont eu de la magnificence, un reste d'aqueduc, un couvent dit de Saint-George, siège du patriarche grec, et les églises de Saint-Macaire et de Saint-Sergius, où l'on montre une petite chambre souterraine dans laquelle on dit que la sainte famille se retira en fuyant de Gaza: c'est un objet de vénération pour les chrétiens.
Le vieux Kaire, situé sur la rive orientale du Nil, à une demi-lieue du grand Kaire, a dû nécessairement devenir l'entrepôt du commerce de la haute Égypte: un nombre prodigieux de barques chargées de blé, d'orge, de fèves, montent et descendent sans cesse pour remplir les magasins du vieux Kaire ou en couvrir le rivage. Dans l'été, ces barques transportent une grande quantité de dattes, de sucre, de volailles et de troupeaux; un nombre considérable d'ânes est continuellement employé au transport des marchandises, et soulève une poussière qui étouffe les passants. Il y a quelques jardins et des plantations agréables de sycomores et d'acacias.
On ne peut pas fixer exactement la population du vieux Kaire à cause de la grande quantité de personnes que le commerce y attire journellement du grand Kaire et des environs.
L'hôpital militaire est un des mieux placés de l'armée; c'est un bâtiment vaste et commode, presque isolé, et suffisamment élevé, qui se trouve à l'entrée de l'ancien Fostad, à deux cents pas de l'aqueduc qui autrefois menait l'eau à la citadelle; il s'étend le long du Nil: on ne voit dans ses alentours ni décombres ni montagnes poudreuses. Environné d'agréables vergers, ouvert à tous les vents, il est singulièrement dominé par les vents du nord et nord-est, très salutaires dans ces contrées. À l'avantage de voir couler sous ses murs une branche assez considérable du Nil qui fournit facilement à ses besoins, il unit la charmante perspective de l'île de Raoudah, toujours verdoyante, et renommée par sa fertilité et par le méqyas, situé à l'extrémité sud, et faisant face au courant de la grande branche qui se partage pour former l'île.
Ce méqyas ou nilomètre tant vanté, que la politique ignorante et ténébreuse des Turks enveloppait d'un voile mystérieux, cet objet enfin de la curiosité de tous les voyageurs, est une simple colonne octogone de marbre commun, élevée au milieu d'un bassin carré, dont le fond se trouve de niveau avec le lit du Nil; elle est partagée en coudées égyptiennes, et les coudées en doigts. Les ingénieurs des ponts et chaussées à la suite de l'armée donneront une histoire très exacte de ce monument. L'eau est montée cette année au chapiteau de la colonne, mais elle n'a point touché la poutre qui la surmonte.