Il y a fort peu de plantes usuelles. On trouve abondamment de la chicorée sauvage dans les champs de trèfle, et la cochlearia armoracia, L. Les environs de Lesbéh sont riches en salsosa kali et soda, L.; en conséquence on pourrait y établir facilement une fabrique d'alkalis fixes. Les autres plantes les plus communes sont le cyperus papyrus, L., le solanum nigrum, L., le tamarix gallica L., le nymphæa lotus, L., et le cærulea de Savigni, la rubia tinctorum, L., le hyoscyamus albus, L., le ricin uscommunis, L., la malva ægyptiaca, L., dont on mange le fruit, quelques lythrum, quelques rhamnus, et trois espèces de mimosa, savoir, l'odoratissima, la nilotica, et la lebbeck, L.: il y a de la casse aussi, mais elle n'est pas de la meilleure qualité.

On sale à Damiette une quantité immense de poissons, ce qui forme un grand objet de commerce: les habitants en mangent beaucoup; et il paraît qu'ils aiment les aliments salés, car leur fromage est tellement rempli de sel, que les Européens ne peuvent pas en goûter. Les empiriques du pays croient que les œufs sont nuisibles, et ils défendent à leurs malades d'en manger; cependant j'ai observé qu'ils sont bons, et qu'ils ne causent aucun mal ni à nos malades, ni aux hommes bien portants. Les pigeons et les poulets sont plus petits que ceux d'Europe; ils ne sont pas si exquis, et relâchent le corps facilement. Le beurre est excellent, mais il a la même propriété laxative.

La ville est très sale: presque tous les habitants se plaisent à vivre dans le fumier, et dans les ordures. Les enfants restent continuellement dans la boue ou dans la poussière, et on les nourrit avec des choses indigestes; je crois que c'est pour cela qu'ils sont obstrués et emphysémateux. En général, les vieillards périssent de dysenterie; les hommes dans leur virilité sont affectés d'hydrocèle ou de hernies, et les jeunes ont les jambes variqueuses ou ulcérées; les femmes, à l'âge de trente ans, sont vieilles, asthmatiques, et ont quelquefois les articulations ankylosées. On compte une infinité d'aveugles, de borgnes, et d'estropiés: après cela on peut dire avec raison que dans ce pays-ci l'espèce humaine est presque déformée.

La boisson chérie de ces Musulmans dans leur état de santé est une décoction de réglisse et de caroube. Les principaux remèdes qu'ils emploient pour guérir les maladies sont le fer et le feu, et ils ne prennent rien intérieurement. Dans les ophtalmies ils font usage d'un collyre tonique, composé avec parties égales de noix de galle et d'antimoine, pulvérisées et mêlées avec du vinaigre: cela forme une espèce d'encre que l'on applique sur les paupières; ce remède n'est pas mauvais pour cette maladie des yeux, et on en fait un grand secret. Ils font un autre collyre avec parties égales de chisméh en poudre, de sucre candi, et d'alun ou sulfate d'alumine; on mêle le tout avec du vinaigre. Le chisméh est une petite semence noire qui vient du royaume de Dar-Four.

Quant à leur médecine vétérinaire, elle paraît assez raisonnable, et a opéré beaucoup de guérisons surprenantes; j'ai observé seulement qu'ils traitent la gale des chameaux avec un onguent qui consiste dans un mélange de soufre sublimé et d'huile d'olive.

Tout le monde parle de la force des Égyptiens, mais je crois que l'on exagère sur cet article: ceux d'entre eux que je ne puis cesser d'admirer sont les psylles ou éducateurs de serpents, qui ont l'art de les faire sortir de leurs nids, de les prendre, et de les élever.

J'arrivai à Damiette vers la fin de fructidor an 6. Les maladies que je trouvai dans l'hôpital militaire de cette place, du service duquel j'ai été chargé pendant six mois, appartenaient alors à quatre différents genres nosologiques; savoir, la diarrhée, la dysenterie, l'ophtalmie, et la fièvre tierce.

Tous les Français en général étaient incommodés par la diarrhée, qui était bilieuse ou lientérique. La dysenterie était moins répandue, et il y en avait trois espèces bien caractérisées: savoir, la dysenterie accompagnée de vers; la dysenterie muqueuse ou sans déjections sanguinolentes, appelée dyssenteria alba par Willis, Sydenham, et Morgagni; enfin la dysenterie compliquée avec la fièvre tierce.

L'ophtalmie était la maladie la plus commune: je m'en suis occupé dans un écrit particulier et c'est ce qui m'engage à ne pas m'étendre plus au long sur cet objet.

La fièvre intermittente existait sous trois types différents, tierce, double tierce, et tierce soporeuse, nommée par Werlhof, dans son savant et beau traité des Fièvres, tertiana carotica: il y en avait aussi qui ressemblaient aux fièvres tierces dont parle Torti.