Ces maladies ont régné seules pendant deux mois consécutifs. Aussitôt que les vent du nord ont cessé tout à fait de souffler, il s'est manifesté une fièvre épidémique et contagieuse qui faisait des progrès avec une grande rapidité: ses premiers développements ont paru en vendémiaire et brumaire, toutes les fois que les vents du sud troublaient l'atmosphère, et apportaient de la pluie ou du brouillard fétide. À la fin de frimaire, elle a éclaté avec violence, et a duré sans diminution jusqu'au commencement de pluviôse: dans le courant de ce mois elle a perdu un peu de sa force, et est devenue plus compliquée en ventôse, lorsque les vents du sud changèrent et furent remplacés par les vents de l'est. J'ai observé constamment que le mal empirait quand l'atmosphère était chaude et humide, et qu'il diminuait quand la température était fraîche. Ce qui prédisposait les hommes à prendre la maladie facilement, c'étaient les excès en tout genre, la transpiration supprimée, la malpropreté du corps, les habits légers, la peur de mourir, les extrémités inférieures nues, la mauvaise nourriture, les logements humides, sales, ou exposés au midi, et l'eau qui n'était pas purifiée. Les habitants les plus vieux du pays, Coptes ou Musulmans, m'ont assuré que cette épidémie venait tous les ans, durait depuis l'automne jusqu'aux premières chaleurs de l'été, et faisait de grands ravages sur la côte maritime de l'Égypte baignée par la Méditerranée; ils m'ont dit aussi que pour s'en préserver il fallait s'habiller pesamment pour suer beaucoup, se laver souvent la tête avec l'eau froide, et garder un régime exact. D'après cela, on voit clairement que la maladie est endémique, et qu'elle est causée par les vents du sud, la pluie, l'humidité, le changement subit des vents, et le brouillard. Les jeunes gens, les tempéraments sanguins, nerveux, irritables, et les Français natifs des régions septentrionales étaient plus susceptibles d'en être attaqués que les hommes âgés, ou doués d'un tempérament bilieux, pituiteux, mélancolique, et les originaires du midi de la France. Cette fièvre endémique est constituée par les symptômes suivants.

La perte de l'appétit et une langueur générale dans tout le corps précèdent la maladie: le premier jour de l'invasion, la fièvre paraît très simple; elle se déclare avec une petite douleur de tête ou une envie de vomir; on observe la langue rouge, le corps ardent, la peau sèche, et le pouls dur et fréquent; le second ou troisième jour, les glandes inguinales s'engorgent avec une douleur considérable, et généralement tout le système lymphatique se trouve affecté; au quatrième, il y a toujours rémission ou un peu d'apyrexie; et si le malade ne guérit pas vers le cinquième, il faut douter de sa vie. Quelquefois la fièvre a une période plus longue, accompagnée avec l'éruption des miliaires ou de pétéchies; alors la mort est immanquable, et arrive le septième jour. Souvent la maladie ne suit pas le cours que je viens de décrire, et tue les hommes en vingt-quatre ou trente-six heures. Dans les premiers jours, le malade est inquiet, nostalgique; et vers les derniers il est plongé dans un état comateux ou d'assoupissement. L'assemblage de tous ces symptômes m'a fait caractériser cette fièvre pour un synochus lymphaticus miliaris ou petechialis. En pluviôse et ventôse, elle est devenue un parfait typhus, et s'est compliquée avec un vomissement de matières noires et verdâtres, avec une diarrhée colliquative, et le délire.

Les anthrax ont accompagné rarement la maladie; il y en a eu seulement deux cas, et tous les deux mortels, qui se sont terminés par la gangrène. Le bubon se formait ordinairement aux aines, aux aisselles, aux parotides, et aux bras: il grossissait après la crise avec une inflammation des parties musculaires, conservait une dureté squirreuse, et se terminait au bout d'un mois ou quarante jours par la suppuration. Lorsque l'engorgement n'avait pas lieu, la maladie était toujours mortelle. Ayant considéré que cette fièvre avait différents types, j'en ai établi quatre degrés caractéristiques; savoir, 1o. pyrexie sans apparence de symptômes ordinaires, durant vingt-quatre ou trente-six heures, et finissant toujours avec la mort (synochus); 2o. pyrexie avec les symptômes manifestes, durant cinq jours, dangereuse (synochus lymphaticus); 3o. pyrexie avec les mêmes symptômes, pétéchiale ou miliaire, durant sept jours, très dangereuse (syn. lymph. petechialis aut miliaris); 4o. pyrexie avec vomissement, délire, diarrhée, durant trois jours, et finissant avec la mort (typhus gravior). Le plus grand nombre des malades étaient dans le cas du second degré.

Les cadavres en général avaient des taches livides sur le corps, particulièrement aux reins, à la figure, et aux parties génitales; il y en avait plusieurs parfaitement gangrenés, et d'autres sans signes extérieurs: j'ai ouvert trois de ces derniers, et j'ai remarqué que les parois des intestins et de l'estomac étaient couvertes d'un mucus jaunâtre; les glandes conglobées étaient très dures, et avaient bien diminué de leur volume.

Les remèdes qui ont le mieux réussi pour la guérison de cette maladie ont été les laxatifs, les diaphorétiques, et les antiseptiques. Je commençais le traitement par prescrire les purgatifs; ensuite on continuait avec les potions sudorifiques camphrées, les tisanes sudorifiques nitrées, et des lavements jusqu'à ce que la fièvre passât: cette terminaison avait lieu par les sueurs, et les selles abondantes; après cela, il restait à faire disparaître le bubon, et on l'obtenait par la voie des émollients: j'ai tenté de le résoudre, mais il ne m'a jamais été possible. Il est utile de faire connaître que les émétiques, les saignées, et les vésicatoires, qui paraissaient être indiqués, n'ont jamais répondu à mon attente. Je n'ai pas voulu ordonner l'emploi du fer et du feu pour extirper le bubon, parce que l'observation m'a appris que ces remèdes locaux n'agissaient pas d'une manière avantageuse.

Je dois observer que la partie thérapeutique de ces observations qui est très peu étendue ne se ressent que trop des circonstances au milieu desquelles je me trouvais, et où tout ne concourait pas à assurer mes succès. Ainsi il est possible que des moyens d'exécution énergiques et prompts qui m'ont manqué, aient influé sur le jugement, que j'ai particulièrement porté sur les révulsifs les plus puissants.

DESCRIPTION et TRAITEMENT
De l'ophtalmie d'Égypte, par le citoyen Savaresi, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.[2]

Histoire pathologique de l'Ophtalmie.

L'ophtalmie vient frapper au milieu de l'état de santé le plus parfait; il est donc difficile de la prévenir, et elle est généralement locale: mais lorsqu'elle vient à prendre un mauvais caractère, le pouls est agité, et on peut la considérer comme une inflammation interne. Ses progrès sont rapides et sa terminaison est longue; si elle ne se termine pas en sept à huit jours, elle dure souvent un ou deux mois. J'ai attentivement observé dans le cours de cette maladie que l'œil gauche est plus affecté que le droit, et la gravité du mal paraît périodique. La diarrhée, la dysenterie, ou les fièvres tierces, surviennent quelquefois, et effacent jusqu'aux moindres traces de l'ophtalmie. La terminaison, quand la guérison ne s'annonce pas, est suivie de l'amaurosis, de l'obscurcissement de la vue, ou de la perte entière de l'œil, après avoir lutté contre les remèdes les plus forts et les plus actifs.

Des causes de l'Ophtalmie.