Le Père Gascon tâcha de tenir encore quelques mois, à la Rivière-au-Foin; mais le vide laissé par son collaborateur bien-aimé ne put se combler, et le missionnaire regagna la mission Saint-Joseph, pour la Noël.

La mission Sainte-Anne ne reçut que de rares visites, jusqu’en 1878. Puis, elle tomba dans l’abandon presque complet, faute de missionnaires, faute aussi de docilité de la part de ces Esclaves.

En 1893, le révérend Marsh, qui avait échoué tout à fait au fort des Liards, vint s’établir, sur la demande des sauvages eux-mêmes, à la Rivière-au-Foin; et, lorsque, l’année suivante, Mgr Grouard s’arrêta pour leur donner les exercices de la mission, il vit la plupart des Indiens refuser de lui toucher la main et lui tourner le dos.

En 1900, la mission fut reprise par le Père Gourdon. Il y arriva avec le Frère Rio, le 26 mars.

Il ne trouva que trois vieilles femmes métisses restées fidèles à leur baptême. Tous les autres étaient devenus protestants. Il est vrai qu’ils continuaient à dire leur chapelet, au temple, pendant le sermon anglais de leur ministre.

Voilà vingt ans que le missionnaire, qui n’a plus quitté la mission, cherche à reconquérir le terrain perdu. Les Pères Gourdon, Gouy, Brochu, Frapsauce, Dupire, Vacher, Bousso se sont consumés à cette tâche.

Aux dernières nouvelles, la population se répartissait en 81 catholiques et 42 protestants.

L’épée de Damoclès suspendue encore, et toujours, sur le cœur du Père Bousso, c’est le plaidoyer de l’Esclave pour sa pauvreté, c’est la simonie à rebours de l’Indien:

—Si tu ne me donnes pas du thé, du tabac, des habits, je serai obligé d’aller en chercher chez le ministre. Il m’en offre tant que j’en veux, lui!...

Mission de Notre-Dame du Sacré-Cœur (Fort Wrigley)