La mission Notre-Dame du Sacré-Cœur, extrémité septentrionale de la tribu des Esclaves, nous transporte à 220 kilomètres au nord du fort Simpson:
«—Le poste du fort Wrigley est situé sur la rive droite du Mackenzie, au pied des hautes collines qui nous ferment l’horizon du côté du nord et de l’est. En face, une île jetée au milieu de la rivière ne nous laisse voir qu’un petit chenal, faible portion du Mackenzie. Sur l’autre rive, de hautes collines encore nous empêchent d’apercevoir les montagnes Rocheuses, qui se dressent en arrière dans leur majestueuse blancheur. Au sud seulement, en amont de la rivière, le regard s’étend à perte de vue.
«Le fort Wrigley n’est pas sans charmes pour une âme méditative ou pour un poète: la première de ses qualités, sous ce rapport, c’est la solitude parfaite dont on y jouit, le calme. Rien n’en trouble le silence, si ce n’est le bruit d’un rapide, juste au-dessus de la mission...
«A la tête de ce rapide se trouve une source d’eau pétrifiante, et, dans l’île d’en face, une source d’eau chaude.»
Cette description est du Père Gouy, premier résident du fort Wrigley, en 1897. Il convient de la compléter, en disant qu’en 1910 la mission changea de rive, avec le fort, transporté un peu en aval; et que, devant elle, le large Mackenzie s’étale pour contourner bientôt le légendaire Rocher-qui-trempe-à-l’eau, muraille conique de 200 mètres, lézardée par les siècles, et qui, adossée comme pour les contenir à des gradins de montagnes entassées, plonge droit dans le fleuve.
La misère et la mort n’évolueront nulle part en un théâtre de plus imposante beauté.
Il y avait, au fort Wrigley, lorsque le Père Ducot vint le visiter, du fort Norman, en 1881, 300 Indiens. Il en restait 70, en 1915.
Bientôt le silence du désert planera sur Wrigley.