La course apostolique du Père Grollier, comme celle de saint François-Xavier, son idéal, dura douze ans. A l’exemple de l’apôtre des Indes, il dévora les espaces, en entraînant les peuples.
En 1852, il arrive à la Nativité, lac Athabaska, pour seconder le Père Faraud.
En 1853, il sait le montagnais, et va fonder la mission de Notre-Dame des Sept-Douleurs, au Fond-du-Lac (Athabaska): il y retournera quatre fois, pour de longs séjours.
C’est au deuxième de ces voyages à Notre-Dame des Sept-Douleurs qu’il contracta le mal qui devait le mener si prématurément au tombeau.
Un Indien le conduisait chez son père malade. Il y avait deux jours qu’ils marchaient ensemble, lorsque des chasseurs, venant du camp où se rendait le missionnaire, lui apprirent que le malade n’était plus en danger et pouvait attendre. Le Père Grollier fut heureux de cette nouvelle, qui lui permettait de retourner à la mission, pour l’Ascension, selon la promesse qu’il avait faite aux Mangeurs de Caribous. Il restait trois jours avant la solennité:
—Va, dit-il à son cicerone, et annonce à ton père que j’irai le voir, la semaine prochaine. Pour moi, je reprends le chemin du fort.
Le jeune homme voulait l’accompagner; mais le Père s’y refusa:
—Je retrouverai nos traces, et n’aurai qu’à les suivre. Laisse-moi.
Mais le soleil avait fait fondre la neige par endroits, et avec la neige les traces. Arrivé à un certain petit lac,—nommé depuis le lac du Père—le missionnaire perdit toute orientation, et se mit à tourner, une journée et une nuit, sur les mêmes lieux, comme font les perdus.
Il ne se rappela jamais ce qui lui advint ensuite.