Qu’il demeurent, ces fidèles, en témoignage des grandes bienfaisances, arrivées jusqu’à eux du cœur de l’Eglise et du cœur de la France!

Si l’Eglise ne compte nulle part de meilleurs enfants, la France ne possède aucun peuple plus cordialement conquis que ces rejetons les plus lointains de l’humanité connue.

Le proclamer aujourd’hui, c’est la récompense des missionnaires français et canadiens-français, qui, pendant soixante-deux ans, du Père Grollier au Père Lécuyer, sont allés embrasser gaiement, là-bas, toutes les souffrances de l’apostolat.

Celui qui écrit ces lignes—pourquoi ne l’avouerait-il pas?—, parcourant, depuis Edmonton, ville la plus septentrionale du Nouveau-Monde, les 4.000 kilomètres des voies fluviales et lacustres de l’Extrême-Nord, se souvient de n’avoir marché que d’émotions en émotions, à mesure qu’au bout des espaces solitaires apparaissaient les missions magnifiques, plantées par ses confrères, les Oblats de Marie Immaculée.

Le long du rivage, où s’amarre le rustre bateau, de toutes les poitrines, tendues vers ceux qui arrivent, s’échappe le cri de la bienvenue française. A la française, ensuite, s’échangent les poignées de mains générales. Dans l’église, où se masse bientôt la peuplade, prières et cantiques français alternent avec les chants indiens. A ses ouailles, l’Evêque du Mackenzie prêche, alors, en leur langue maternelle.

Mais l’idiome des Montagnais, compris par les tribus échelonnées du lac Athabaska au fort de Bonne-Espérance, ne franchit pas le Cercle polaire. Comment Mgr Breynat se fera-t-il donc entendre, aux abords de l’océan Glacial...?

En français.

Et chacun des vieillards, qui n’ont connu que l’ancienne vie sauvage et son primitif langage, trouvera, à ses côtés, pour traduire le sermon du Grand Chef de la prière, ses enfants et petits-enfants, revenus des écoles du fort Providence et du fort Résolution, ces deux citadelles pacifiques de l’amour de Dieu et de la France, entretenues par les missionnaires de chez nous, au cœur des immensités arctiques.

Et tandis que parlera l’évêque du Pôle Nord, la radieuse figure de l’Indien, avec ses yeux pleins de lumière et de foi, attestera que l’âme de la France, qui passe tout entière dans son clair génie, sa manière de comprendre, de sentir, de vouloir et d’aimer, aura vibré jusqu’aux bornes du monde par la langue française.