—Ça ne te fait donc rien de mourir, mon enfant?
—Oh! non, Monseigneur, j’en suis contente.
—Mais vois donc tes bons parents, comme ils t’aiment. Ne préfèrerais-tu pas guérir et demeurer avec eux?
—J’aime mieux mourir. Il est trop difficile de bien vivre!
N’est-ce pas sur la base très profonde de l’amour de l’homme mortel pour Dieu, la base du sacrifice, que ce jeune chasseur du lac Athabaska s’appuyait pour refuser les consolations que Mgr Clut lui apportait, quelques mois après un accident qui lui avait brûlé les yeux?
—Ah! je remercie plutôt le bon Dieu, répondait-il. Si je voyais encore, je continuerais peut-être à l’offenser, tandis que je pense continuellement à lui. Non, je n’aurais pas pu choisir une meilleure souffrance que d’être aveugle et de ne pouvoir plus me conduire dans le bois, ni chasser, pour unir mon cœur à Jésus crucifié!
Un autre de la même tribu, devenu boiteux et infirme, se réjouissait «de pouvoir enfin souffrir pour ses péchés et pour les âmes de ses parents défunts.»
Finissons par un court récit du Père Bonnald, qui nous transporte au spectacle du sublime dans l’acte de foi. C’était l’hiver 1887-1888, époque d’une rougeole qui faucha les tribus de la Saskatchewan. Le jeune Père Charlebois (aujourd’hui vicaire apostolique du Keewatin) arrivait du scolasticat d’Ottawa à la mission de Le Pas, où le Père Bonnald s’était porté à sa rencontre. Au lieu de se rendre au lac Pélican, où ils devaient résider ensemble, les deux missionnaires se partagèrent le district désolé. Le Père Bonnald prit le lac Pélican et donna au Père Charlebois le Cumberland. De là, chacun parcourait sa portion du champ de la mort. En passant à Pakitawagan, le Père Bonnald rencontra onze cadavres étendus:
«—Sur quatre d’entre eux, raconte-t-il, je trouvai des lettres, voix d’outre-tombe, faites de morceaux d’écorce de bouleau pliés en quatre et cousus avec du fil. Ces lettres portaient comme inscription «Le père seul lira ceci». C’était la confession de ces pauvres gens.