[61] La tribu des Peaux-de-Lièvres eut, par sa misère, les plus fréquentes occasions de tomber dans le cannibalisme. Les missionnaires trouvèrent le souvenir encore palpitant des boucheries de 1840-1841, où 90 personnes furent mangées, plusieurs tuées par leurs parents. Deux mégères attendirent, sur une grève du Mackenzie, deux employés de la Compagnie qui devaient passer, avec le courrier. Elles les attirèrent à elles, et, pendant leur sommeil, les égorgèrent pour s’en repaître.

«—On vit, dit Mgr Taché, de malheureuses mères tombées dans le désespoir, saisir leurs petits enfants morts d’inanition, les élever en l’air, en poussant des vociférations affreuses, suivies de ce rire désespéré plus cruel que les pleurs, puis rôtir ces enfants pour en déchirer les membres et les partager avec ceux qu’un reste de forces protégeait encore contre le dernier râle de l’agonie.»

[62] V. chap. [VIII] et [XV].

[63] V. chap. [XV].

[64] Il fait si froid, à la rivière Peel, qu’en tout janvier et décembre 1892, par exemple, le thermomètre centigrade se tint constamment entre 40° et 53° au-dessous de zéro. Plus loin que le fort Good-Hope, on ne songe plus à récolter. Le sol y est à jamais gelé; et la chaleur même de l’été, souvent torride (elle dépasse parfois, à l’ombre, la température du sang humain), n’y portera point remède. Cet été d’équateur, trop court pour amollir la terre et laisser mûrir les plantes, ne semble bon qu’à faire éclore ces peuplades incroyablement denses de maringouins, dont parlait le Père Giroux, au sujet du Père Séguin, son prédécesseur dans la région polaire.

[65] Rentré à Good-Hope pour l’hiver, il retourna à la mission du Saint-Nom de Marie, en 1905, pour y installer le Père Lécuyer. De là, il s’en fut au fort Providence, comme supérieur de la mission, jusqu’en 1915. De la Providence, il retourna à Good-Hope. En 1919, réduit par la fatigue, il dut être rapatrié dans la province de Québec. Il a certes bien mérité du Mackenzie, en ses trente ans de missions polaires.

[66] Madame Gaudet, d’origine française, quoique née au Mackenzie, était la femme de M. Gaudet, Canadien-français de Montréal, venu lui-même, très jeune, dans le pays, et chargé pendant plus d’un demi-siècle du poste-de-traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, au fort Good-Hope. De ce gentilhomme, de sa compagne encore plus, de leurs enfants distingués aussi, les missionnaires du bas-Mackenzie reçurent un puissant appui. Mme Gaudet, l’insigne bienfaitrice, mourut en prédestinée, à Good-Hope, l’année 1914. D’avoir discerné et préparé Cécile pour l’apostolat, de l’avoir ensuite soutenue par ses exemples, par ses conseils, par ses secours temporels, ne furent pas les moindres de ses bonnes œuvres.

[67] Le Petit Lac des Esclaves—petit, par comparaison avec le Grand Lac des Esclaves—mesure 120 kilomètres de longueur sur 12 à 16 de largeur. Placé entre les 55° et 56° degrés de latitude, à mi-distance des rivières la Paix et Athabaska, il se déverse dans celle-ci par la petite rivière des Esclaves. Plusieurs missions prospèrent maintenant sur ses bords. La première en date, comme en importance, est la mission Saint-Bernard.

[68] Lire les deux Vies du Père Lacombe; l’une en anglais. The Black-Robe Voyageur, par Miss C. Hughes, Brigs publisher, Toronto: l’autre Le Père Lacombe. L’homme au Bon Cœur (son nom Pied-Noir), par une Sœur de la Providence, Le Devoir, Montréal.

[69] La langue Crise, très riche en formes et nuances, est sonore, douce, mélodieuse. C’est l’italien de l’Amérique du Nord. Son alphabet ne comporte pas plus de 15 lettres. Les voyelles dominent dans la construction des mots. Les groupes de consonnes y sont rares. Plusieurs de nos consonnes, telles que b, f, j, l, r, v, x et z, y sont inconnues et imprononçables.