A noz tres chiers et grans amis les Consulz et gouverneurs de la ville et cite d'Avignon.
(Arch. municip., Origin., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.)
No XVII
Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, aux Consuls d'Avignon.
22 décembre 1464.
A mes tres chiers et grans amys les viguier, consulz et autres bourgeoiz, manans et habitans de la ville et cité d'Avignon.
Tres chiers et grans amys, je me recommande à vous tant comme je puis et vous plaise savoir que aujourdhuy XXIIe jour du moys de décembre sont venues nouvelles au Roy, que Dieu a fait son commandement de feu Monseigneur le Cardinal de Foix, auquel Dieu par sa grâce face mercy et pour vous advertir de son vouloir et intention, il envoye devers vous le bailli des Montaignes du Daulphiné, son conseiller et serviteur, pour vous dire et remonstrer aucunes choses de par luy et si vous escript bien au long en vous priant que vueilliez avoir mon frère l'arcevesque d'Auch pour recommandé au fait de la legation de la ville et cité d'Avignon et gouvernement de la Conté de Venissy en la forme, et manière que mon dict seigneur le Cardinal la tenoit. Et pour ce, très chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour l'honneur du Roy et amour de mon dict frère et de moy, vous y vueilliez aider et tenir la main en tout ce qu'il vous sera possible tant envers Nostre Sainct Père que autrepart et en temps et lieu mon dict frère et moy le recognoistrons envers vous tellement que par raison en devrez estre contens. Car je vous certifie que je le faiz plus pour le bien du Pays que pour le prouffit que j'en espère en avoyr. Et pour vous donner le cas à entendre, le Roy a escript d'autrefois au Pape en faveur depré Monseigneur de Foix, en luy priant qu'il luy voulsist bailler le gouvernement après le trespas de mon dict seigneur le Cardinal, mais il lui feist responce que pour riens il ne luy bailleroit pour ce qu'il estoit mineur d'aage; et après quant le Roy a veu la responce de nostre dict Sainct Père, il y a escript en faveur de l'évesque de Genève, frère de la Royne, pour lequel il luy a faict semblable responce et que pour riens n'y commettroit l'un ne l'autre, mais il lui a bien fait savoir qu'il advise quelque évesque ou arcevesque en son royaulme qui soit à son gré et qu'il pourvoira cestuy là sans autre. Et pour celle cause le Roy a envoyé, passé a six sepmaines, messire Jehan de Reillat, son secretaire devers Nostre dict Sainct Père pour le supplier et requérir qu'il luy plaist que à sa requeste, vueille pourveoir mon dict frère de la dicte légation et gouvernement sans autre; et me semble que c'est l'homme au monde que vous devriez mieulx vouloyr, veu que vous cognoissez ses conditions et qu'il n'est pas homme malicieux pour pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que plus après pourrez estre informez par le dict bailli des Montaignes, de l'entente du Roy avey ensemble de la mienne. Si vous prie, tres chiers et grans amys, que le vuelliez croire de tout ce qu'il vous dira, comme feriez à moy mesme si je y estoye en personne. Et tousjours, si aucune chose vous plaist que pour vous fere puisse, faictes le moy scavoir et je l'acompliray de tres bon cuer. Au plaisir de Dieu qui, très chers et grans amys, vous doint ce que désirez.
Escript à Tours le XXIIe jour de décembre.
Le tout vostre,
Le Conte de Commenge, mareschal de France, conseiller et premier chambellan du Roy, lieutenant-général et gouverneur de par luy en ses pays du Daulphiné et duchié de Guienne.