Ah ! Mais écoute Poète — Écoute ces cris au dehors. C’est la foule ; qu’en fais-tu ?
Roi, c’est votre peuple affamé.
Mon peuple, Poète ? Pourquoi les appelles-tu ainsi ? Ces gens appartiennent au Monde, pas à moi. Ai-je créé leur misère ? Que peuvent, dis-moi, tes jeunes poètes, avec leur renoncement pour soulager des souffrances comme celle-ci ?
Roi, c’est nous seuls en vérité qui pouvons supporter les souffrances, parce que nous sommes comme la rivière qui coule en joie ; allégeant nos fardeaux et les fardeaux du Monde.
Mais la route, dure comme le métal, est immobile et sans changement ; aussi rend-elle les fardeaux plus lourds. Les pesantes charges crient et gémissent le long du chemin et entaillent profondément la poitrine des porteurs. Nous, poètes, nous crions à chacun de porter légèrement sa joie et sa douleur sur un rythme cadencé. Notre appel est l’appel des Renonciateurs.
Ah ! Poète, à présent je ne me soucie pas de revoir Struti-Bhushan. Qu’il aille se faire pendre ! Mais sais-tu ce qui m’angoisse à présent ? Bien que je ne puisse comprendre tes paroles, leur musique me hante. Au contraire, les paroles du Docteur sont claires et obéissent très correctement aux règles de la syntaxe. Mais le rythme !… Non, il est inutile que je t’en explique davantage.
Roi, nos mots ne parlent pas ; ils chantent.
Poète, que vas-tu faire à présent ?
Roi, je vais me précipiter vers le peuple qui crie à votre porte.
A quoi penses-tu ? C’est à mes hommes d’affaires de soulager les affamés. Ces choses-là ne regardent pas les poètes.