Je me levai, posant ma plume, assez fier de ma mission, la mission de la marine de Brest : remplacer l’intelligence d’un vieux qui décline. Peut-être savait-on des choses à son sujet que j’ignorais. Un roublard pour la manœuvre, ce vieux, mais un sans école, pas capable de tenir ses petits comptes lui-même. De fait, je ne l’avais pas vu écrivant. Je me rappelais seulement un vilain livre de quatre sous qu’il prenait le soir, histoire de s’endormir dessus en attendant la veille. Il ne lisait que les imprimés, probablement.
— On m’a dit de consigner les grains, que je répondis me rengorgeant, ça vous épargne toujours une besogne… et, en échange, vous auriez bien dû me réveiller plus tôt, patron !
Il me regardait toujours, l’œil se troublant peu à peu, s’égarant, cherchant des idées dans les coins de ma chambre.
Il traça quelques signes en l’air, grogna des mots baroques, s’en alla, tirant la jambe et balançant les coudes.
— Oh ! c’est sans rancune, monsieur Barnabas.
Il se tourna, brutal :
— Faudra pas t’y échouer souvent, le gars ! Je peux te moucharder, moi aussi.
Ç’aurait pas été un tel vieux je me serais mis à le bourrer de coups de bottes.
Il entama sa chanson, et je compris, enfin, quelques paroles de son refrain diabolique :
C’était la tour, prends-garde,