C’était la tour… d’amour !

D’amour… our… our… ur !

Mon Dieu, de quelle tour d’amour voulait-il me causer, le pauvre bonhomme ? Si nous habitions tous les deux une tour où il fallait prendre garde, elle n’était guère d’amour, car elle manquait vraiment de demoiselles à marier.

La nuit s’écoula tranquillement, et le lendemain je me réveillai durant que mes serins faisaient leur toilette, s’aspergeant l’un l’autre d’un quart de ma ration d’eau.

Ces affreuses petites bêtes me navraient par leurs disputes. Il y avait Cadic et Cadichet. Cadic, plus vieux, devait commencer la goûte. Il volait lourdement, se repliait toujours une patte sous le ventre ; Cadichet, plus alerte, plus vorace, mangeait perpétuellement et semait sa provision de millet à travers la chambre pour embêter son voisin. L’aîné chantait quelquefois d’un accent si perçant qu’il me saignait le tympan. Le jeune poussait de faibles cris de moineau.

Je voulais une famille, des couvées, faire de jolis élèves, bien stylés, croisés de nuance et variés de trilles, avoir surtout un mulet vert pour le cager à part, lui apprendre de grands morceaux, et, au lieu de tout ça, je devenais la victime de méchants oiseaux toujours en querelles, salissant ma chambre, dépensant l’eau comme si chez nous ça ne valait rien, l’eau douce.

J’avais payé ça une pièce de cent sous. Belle acquisition, ma foi ! Je ne pouvais pas les lâcher par la fenêtre à sept milles de terre ferme. Je ne pouvais pas les laisser mourir de faim, et il serait trop difficile d’obtenir du ravitailleur qu’il les remporte. J’hésitais à les tuer. Depuis six semaines que je demeurais au phare, ayant laissé sauter mes tours de congé, je n’espérais pas une permission de surcroît, histoire d’aller changer un serin mâle pour une femelle.

Ensuite, ma faute de la veille ne donnait pas lieu à l’indulgence de mes chefs, et le père Barnabas ne me permettrait pas, de sitôt, les… serines de Brest.

J’étais plein de mélancolie.

Ma chambre, au soleil levant, n’inspirait pas non plus de gaietés folles. Elle était claire, nue comme une coquille d’œuf et semblait vide pour toujours. Mon lit de camp, bien propre, bien astiqué des pieds, était sur le modèle des lits d’hospice. Il tenait le moins de place possible, et ma petite horlogerie de gardien scintillait entre les étagères avec l’apparence d’outils de chirurgie. Sur ma table, les livres ne me tentaient pas. J’avais jamais été grand liseur. J’aimais mieux perfectionner mes idées à moi tout seul, soit pour mon métier, soit pour ma jugeotte, que de m’informer de celles des autres.