Pourquoi ? Je n’en sais trop rien. Je me rappelle seulement que je ne le quittais pas de l’œil.

— Les lampes vont bien, j’ai ramassé trois gros martinets sur l’armature, mais ils n’ont pas entamé le titrage… faudra voir… que je dis machinalement.

— Faudra voir, répéta le vieux, épelant de tout son cœur.

Je voulais m’en aller veiller là-haut. Je ne me décidais pas. Est-ce que le séjour au phare me rendait peureux ?

En tous les cas, je me sentais sans volonté, sans force, sans idée raisonnable.

Je m’assis sur la table, laissant pendre mes jambes molles comme du coton.

Une buée nous entourait, la fumée du pétrole et un nuage humide sortant de dessous la porte avec les franges d’écume.

L’horloge balayait son heure de son allure monotone, au milieu du chambard, et quand ça craquait jusqu’au roc, on l’entendait craquer de son côté, telle une vieille sourde qui dérangerait un peu sa chaise en toussant.

Ah ! nous étions un joli ménage, le vieux et moi !

On était couplé sur le même banc de galère, attaché à la même chaîne, et on ne se connaissait pas, on ne se comprenait pas. Les choses qu’on se disait n’avaient pas le sens humain. On mangeait le même pain, on buvait le même cidre et on ne s’offrait pas le rhum de l’amitié : chacun le gardait jalousement pour soi (car j’avais acheté du bon tafia, moi aussi, histoire de guérir mes coliques de moules).