LE MAUDIT (criant): Malheur! Trois fois malheur! Dieu veut ma damnation! (Il va prendre la pince de fer sur la balustrade.) Je vais forcer la porte du ciel avec cela! (Il brandit la pince et se met à rire d'un rire douloureux.) Et demain l'église banqueroutière n'aura plus d'hostie à tendre par le guichet de son bureau. Je vais ravir le trésor des élus. (Il frappe sur le tabernacle.) Quelle ironie! Cette porte ressemble en effet au guichet d'une banque. (Il introduit la pince et fait sauter des lames de bois.) Tu l'as voulu, Madelon... Et maintenant, tombe la foudre!...

LA PROSTITUÉE (poussant un cri de joie): Donne!

LE JUIF (reculant): Qu'allez-vous faire des hosties? Moi, je refuse de m'en occuper.

LE MAUDIT (dressant le ciboire avec un mouvement d'horreur): Vide! Il est vide!

LA PROSTITUÉE: Tant mieux! Ça leur arrive quelquefois d'oublier de le remplir... et comme il n'y a pas de contrôle...

LE MAUDIT (roulant des yeux fous): Personne, pas de Dieu, pas même un simulacre de Dieu!

LE JUIF: C'était à deviner, puisqu'il ne vous répondait rien, mon cher garçon... Voyons toujours l'objet.

LE MAUDIT (le laissant s'emparer du ciboire): Et la foudre ne tombera pas.

LA PROSTITUÉE (haussant les épaules): Tu nous ennuies avec tes perpétuelles exagérations.

LE JUIF (retournant le ciboire aux lueurs louches de la lanterne): Tiens! Tiens! je n'imaginais point si mal! Oh! les fameuses légendes. (Il se penche, prenant des airs apitoyés.)