ELLE (sentencieusement): Quand nos parents nous marieront, nous ferons bâtir ici notre maison de campagne. Ce n'est pas trop loin de la ville, et le boulanger pourra nous apporter du pain tendre tous les jours. Moi, vois-tu, je ne vivrais pas sans pain tendre.
LUI (la contemplant de par terre avec ravissement): Est-ce vrai que tu me trouves bête?
ELLE (qui regarde dans l'eau distraitement): Oui! Oui!... Nous aurons une belle basse-cour, et nous mangerons des poulets rôtis tous les jours, excepté le dimanche. Seulement, tu tueras les poulets, car j'ai peur du sang.
LUI: Est-ce vrai que tu m'aimes?
ELLE (de plus en plus distraite et se penchant de différents côtés): Nous monterons à cheval tous les matins, j'aurai une amazone de drap gris... Tiens! Qu'est-ce que j'aperçois là, au milieu de cette mare?... Nous aurons une bonne qui saura me changer la forme de mes robes toutes les semaines, je suivrai les modes... Enfin! qu'est-ce que je vois là-dedans? C'est sombre, sombre! Ça monte à la surface en faisant des bulles... (Elle se lève.)
LUI (toujours étendu sur le dos): Moi, je t'adore!
ELLE: Voyons! Lève-toi! Il faut que nous rentrions... Mon Dieu, que cette eau est limpide! Elle est tellement bleue en ce moment qu'on croirait se pencher sur un ciel tombé dans la mousse...
(Elle s'approche encore et pousse un cri terrible qui éveille des échos lointains.)
LUI (se relevant d'un bond): Qu'as-tu donc, ma bien-aimée?
ELLE (se retournant affolée): N'avance pas, je te le défends!