Papa essaya de la conciliation.
«Tiens! Je vais les tailler aujourd'hui. Maurice m'aidera! Nous leur donnerons la forme de trois polichinelles. Des fantômes de polichinelles, ce sera une véritable récréation pour l'œil. Pas, Maurice?...»
Je m'écriai avec chaleur:
«Je crois bien, petit père!»
Maman haussa les épaules.
«Allons donc! Est-ce que ces arbres-là se laisseront tailler... Toi, un paperassier, tu voudrais tailler des arbres, et avec un enfant, encore?...»
Il y eut une longue pause embarrassée.
Moi, je continuais à voir disparaître mes canifs, mes billes, mes ficelles, mes ficelles surtout. Dès que je fabriquais un fouet, le bâton que je tenais entre mes jambes pour l'attacher solidement finissait par s'évanouir à travers l'herbe drue, et la ficelle, si je tournais la tête, se sauvait n'importe où. Ça m'exaspérait. Je sentais que ce ne devait pas être un voleur qui volait... Et, à moins que nous ne fussions tous très étourdis... quelque chose nous harcelait dans cette maison des vacances, positivement. Une fois, Marie perdit du linge qu'elle avait mis à sécher sur une corde, et quand je lui en demandai la raison elle me répondit, la physionomie grave:
«Vous êtes trop jeune. Madame a défendu qu'on vous parle de l'histoire.»
Donc, il y avait une histoire. Oh! oh! je passai les journées à me creuser l'esprit et à égarer mes ficelles. Mon cerveau se frappait peu à peu. Je ne croyais pas beaucoup aux contes de nourrice, car j'allais au collège, où l'on apprend à ne plus craindre les coins noirs; mais je voyais maman trembler dès que le crépuscule envahissait la chambre, papa était soucieux, Marie gémissait. Il fallait tirer tout cela au clair le plus tôt possible, et, s'il y avait un ennemi, en délivrer rapidement la famille. Je résolus de m'adresser à notre bonne pour obtenir une confession complète. Marie était naïve, moi j'étais rusé comme un Peau-Rouge; nous verrions bien lequel de nous deux serait trop jeune!... Un soir, j'arrivai dans la cuisine en marchant sur la pointe du pied, ayant des allures très mystérieuses.