Il était grand, très maigre, de teint bistré et d’allures violentes tout à fait étrangères au pays. Loup sortant du bois. Ses prunelles, bleues à force d’être noires, jetaient du phosphore. Il représentait bien la bête enragée qui se lève, dans l’homme pauvre, les jours de disette, et le carnassier, en lui, devait avoir des goûts d’homme moins raisonnable que ceux de la bête, car, n’ayant plus faim, il allait à la conquête de choses beaucoup moins nécessaires que la dépouille d’un oiseau.
— Il faut déterminer ma situation ou je ne dormirai pas tranquille. Ce coin de nature est le seul à peu près naturel ici. Il me plaît, je veux le garder.
Il traversa le champ, se dépêtrant des fondrières avec peine, et il avisa l’un des ouvriers, le salua poliment, tout en secouant son feutre trempé d’eau.
— Monsieur, dit-il de son ton bref et autoritaire, vous allez me donner les renseignements dont j’ai besoin.
— A votre service, fit le travailleur, qui était un garçon placide, solidement bâti quoique très blême sous le brouillard.
Les hommes se mesurèrent des yeux. Le costume de celui qui abordait l’autre était couvert de boue. L’ouvrier le remarqua, lui qui tâtait cette même boue d’un croc prudent.
— Écoutez, fit-il de son ton tranquille sans attendre les questions, il ne faut pas vous coucher par terre. C’est très mauvais de ce temps-là.
— On se couche où l’on peut, mon ami, répliqua l’homme agacé de cette prévenance. Je venais justement pour vous demander si vous aviez besoin de la cabane que j’habite.
— Non, bien sûr.
— Alors, on ne me dérangera pas ?