— Jamais de la vie ! C’est un ancien raffut, mais vous feriez mieux de coucher à la grange. Manque pas de paillasse et pourvu que vous ne flanquiez pas le feu… Est-ce que vous en usez ?

Il lui tendait une blague.

— Non. Merci. Je voudrais savoir si tout le pays appartient à M. Davenel.

— Le pays ? Le pays ? Ben, il est à la nation, au gouvernement, à tout le monde, quoi ? M. Davenel est le directeur, sans être le propriétaire. Est-ce que vous avez eu des histoires avec le gouvernement ?

Heureux de se reposer, l’ouvrier, en causant, bourrait une pipe, son croc de fer fiché devant lui. Les camarades étaient loin et n’avaient pas pour lui l’attrait de cet inconnu.

— Allons ! Je vois ce qu’il en est ! Vous avez fait la bombe, hein ? reprit le paysan, pour qui lancer la bombe ou faire la fête étaient synonymes.

— Si M. Davenel, votre directeur, vous l’a dit, ce doit être vrai. Moi, je voudrais savoir où prendre quelques provisions. J’ai un peu d’argent, mais je ne veux pas me risquer dans les villages voisins.

— Bon ! Ça se comprend de reste. On doit vous chercher. Ici vous serez à l’abri de tout. Hier, notre chef d’équipe nous a commandé, de la part du gérant, que ceux qui trouveraient un homme noir sur leur chemin n’auraient qu’à faire semblant de rien. Le gérant, c’est M. le Directeur.

Une espèce de honte, ou de morgue, empêchait l’homme noir de s’enquérir du métier de ces hommes qui le supposaient un honnête perturbateur de foule. Il était tombé dans leur boue sans idée préconçue parce que les jambes lui avaient manqué ce jour-là. Pourquoi leur demanderait-il le genre de malpropreté qu’ils brassaient devant lui ? La meilleure dignité humaine est encore l’absence de toute curiosité.

L’ouvrier ajouta :