Et elle eut le même sourire mondain.

Pourquoi lui faisait-elle ce mensonge ? Pourquoi l’avait-elle servi sous la tente officielle comme le roi de cette fête ayant brusquement détrôné l’autre ? Pourquoi, l’ayant entendu rire, avait-elle tout à coup senti que tout se brisait autour d’elle ? Elle était ainsi fantasque et impénétrable. Des bouffées de sang lui montaient au cerveau lorsqu’elle disait des choses banales ou simplement gracieuses, et elle aurait vu mourir son père, qu’elle affectait de vénérer fort, sans avoir une larme à ces moments de lueurs rouges illuminant ses yeux bleus. Incapable d’une mauvaise action, elle aurait eu le courage d’en inspirer, et pour que l’effroyable lie de son tempérament pût remonter à la surface de son teint pâle, il fallait aussi l’effroyable circonstance de cette rencontre avec un criminel.

On est toujours tenté de jeter quelque chose dans un précipice.

— Voulez-vous que je vous donne un bon conseil, mademoiselle Davenel ? murmura Fulbert les lèvres serrées. Épousez ce ministre. Ne refusez pas cette occasion de devenir une… vraie bourgeoise. Vous êtes à deux doigts de faire des sottises. Je connais ça. Il y a des eaux pures… qui empoisonnent les meilleurs instincts. Vous rêvez mieux que le possible et vous vous perdrez à vouloir blanchir vos dessous.

Il se leva.

— Je puis me retirer… sans bombe ? ajouta-t-il ironiquement.

Elle lui jeta une marguerite sur la nappe.

— Mais pas sans bouquet, Monsieur.

D’un geste bref, il prit la fleur un peu comme d’un coup de bec un oiseau méchant tuerait un insecte et s’éloigna, se glissa très vite dans la foule de pauvres qui envahissait la tente pour prendre sa part de luxe officiel.

Marguerite ne se sentait plus libre. Elle avait jeté quelque chose d’elle-même au précipice. Un vertige la gagnait. Elle n’épouserait pas ce ministre obèse et elle ne resterait pas davantage la bourgeoise qu’elle était, non.