— Mais, cher père, je ne m’en occupe pas, je t’assure ! Un morceau de pain ou du champagne, c’est toujours une aumône et je…
— Ne lui as-tu pas donné une fleur de ton bouquet ? Ne mens pas ?…
— C’est lui qui m’a priée de la lui offrir… pour ma fête !… avoua Marguerite, saisie de vertige devant la précision du rapport de Pauline et sauvant sa mise.
— Bon ! Bon ! Des enfantillages ! Je pensais bien que la charité, chez toi, n’avait pas de mesure. Rappelle-toi qu’on ne donne pas de fleurs aux pauvres, ils préfèrent deux sous.
— Celui-là est un pauvre si spécial.
— Celui-là est un homme dans la misère… c’est-à-dire capable de tout comme tous les hommes ! ajouta le directeur de Flachère, reconnaissant une égalité au moins dans la faim et toutes ses brutales conséquences.
— Mais papa !…
— Mais… il n’y a pas de mais, nous avons causé sérieusement et tu ne vas pas me reparler de ton anarchiste, j’espère. S’il veut travailler, il aura la paye de mes ouvriers, selon la saison. S’il est vraiment bachelier ès-sciences, on pourra un matin l’adjoindre aux deux comptables des expéditions aux halles… sinon qu’il s’aille vite faire pendre ailleurs… je n’aime pas les quémandeurs de bouquet à domicile. Une fois, deux fois, l’épouserais-tu, cet oiseau-là ?
— Oh ! papa… est-ce que tu te moques… on n’épouse pas le premier venu…
Et toute sa bourgeoisie lui remontant à l’imagination, elle fit un geste de très réelle répulsion.