— Non ! Il ne rentrera pas… J’en suis sûr. Donnez-moi la main, dites.

Elle se déganta d’un mouvement lent de petit reptile qui change de peau.

— Voici, Monsieur.

Il se pencha, regarda sa main en tous les sens, curieusement.

— J’ai toujours eu l’effroi d’une main de femme. Cela ressemble à une patte de grenouille ou de souris, c’est petit, mou, adroit et glissant. La fragilité de l’objet en fait son danger permanent. On ne touche à cela que pour le broyer ou le chatouiller, et ce n’est jamais satisfait de l’étreinte. Dire qu’il y a des hommes assez stupides pour demander… une main.

— La main… toute seule ?

— Hélas ! Le reste ne vaut guère mieux… Vous jouez à l’équivoque, déjà ? Drôle de jeune fille ! (Et il ajouta, le regard dans le sien :) On épouse aussi la main qu’on baise… respectueusement.

Elle rougit sous les yeux qui plongeaient en elle, mais son sourire conservait la naïveté un peu bébête de celle qui fait semblant d’entendre. Elle n’avait pas saisi la grossièreté de l’expression.

— Allons ! Vous jouez sans l’expérience du jeu. Et j’ai tort de retarder le dîner de Monsieur votre père. Adieu, Marguerite. Ne repassez plus… Je ne suis pas un joujou pour petite fille.

Il la poussa très vite dehors et referma brusquement sa porte.