Elle s’enfuit, heureuse des injures, comme si elle avait recueilli dans ce repaire une ample provision de caresses.
Elle saurait un jour de quelle façon un pantin mâle se détraque. Il faut bien en casser plusieurs pour se faire la main, une main qu’on baise respectueusement… autrement dit, qu’on, épouse.
VII
LA VISITE DE MARCUS
— Bonjour, Ful. Quel temps !
— Bonjour, Marcus. Un temps à ne pas mettre un journaliste dehors, et je te remercie d’être venu.
Marcus, en pardessus de drap clair garni de castor, chassait les flocons de neige à coup de doigts légers le long de ses fourrures. C’était un jeune homme de vingt-cinq ans, bien pris, bien sanglé, devant tourner plus tard à la graisse, pour l’instant rose et joli comme une femme. Ses cheveux, presque bleus, se plaquaient en petits bandeaux ondulés sur son front étroit ; ses minuscules moustaches estompaient d’une ombre amoureuse sa bouche un peu molle ; ses yeux, sous une singulière lourdeur des paupières, avaient un regard terne, sans âme, s’éclairant seulement aux lueurs brutales. Il époussetait ses fourrures avec des gestes calmes, d’une élégance étudiée, qui, lorsqu’il serait moins jeune, pourrait passer pour une habitude mondaine. Il sortait certainement du meilleur monde, ne savait pas encore s’il y rentrerait un jour, mais, en attendant, faisait figure dans tous les autres et y apprenait à exagérer ses défauts de naissance.
Il ôta son pardessus d’un mouvement automatique, cherchant un endroit convenable où l’accrocher, se montra hors du drap, comme une poupée hors de son carton, lustré, cravaté, tiré à quatre épingles de perles, puis il dit :
— Oui, mon pauvre Ful, il fait un froid de loup dans ton pays, et tu as une drôle d’idée de rester à la campagne l’hiver.
Fulbert lui désigna son lit de sangle.
— Assieds-toi là. C’est le meilleur fauteuil de ma maison… de campagne.