— Que je suis contente ! Oui, j’avais encore envie de ça. Je n’en ai jamais mangé. Merci, monsieur, mais vous êtes certainement moins… raisonnable que mon mari, ça se voit de reste !

La malicieuse sourit et ce sourire est irrésistible.

Une fois dehors, elle se serre contre mon bras parce que le froid la suffoque.

J’arrête un taxi, la prie de monter sans lui permettre une protestation et je donne au chauffeur une adresse des plus vagues, du côté du boulevard d’Orléans. A ce moment, dans cette obscurité de la petite chambre close, roulant vers l’inconnu, où nous sommes assis l’un près de l’autre, je la regarde attentivement. Elle est tout extasiée sur ses fraises. Elle m’en offre une :

— Vous en voulez ?

Que va-t-il se passer si je cède au désir de mordre à cette bouche, fruit si tentant dont la couleur éclate positivement dans l’ombre ? Chair fraîche qui paraît pure de tout ferment malsain !

Non, je ne ferai pas cela. Je me refuse à la tentation. Cela détruirait peut-être le charme. C’est trop tôt.

Elle demeure gênée sous mon regard. Par contenance elle glisse sa main sous le col de mon pardessus.

— C’est de la loutre, de la vraie, dit-elle. Ça vaut six cents francs comme un sou ! Mais ça se mitera si vous n’en prenez pas soin. Est-ce que vous êtes un monsieur tout seul ?

— Quelle drôle de petite madame vous êtes, vous ! Non, je ne suis pas marié. Il est inutile de mentir. Cependant voulez-vous que nous fondions une société secrète à nous deux ? Vous aurez bien, de temps en temps, une heure à me donner pour goûter, aller au théâtre ou au cinéma, nous promener n’importe où ? Vous me ferez signe quand ça vous plaira et le vieux garçon et la petite fille s’offriront une récréation, s’amuseront à des jeux innocents, absolument permis.