— Donnez-moi des arrhes. Ça se fait quand on ne connaît pas le client.
— Je ne saisis pas…
— C’est simple. Donnez-moi la bouche qui est dans votre carnet, après j’aurai confiance. Il y aura un commencement d’exécution.
Je ris. C’est que je n’ai pas gardé le carnet sur moi et je lui réponds, pour gagner du temps :
— Qu’en ferez-vous ?
— Je le montrerai à mes amies qui verront bien que vous me prenez au sérieux. Il y en a qui disent que c’est des inventions pour m’attirer chez vous.
— Ah ! oui, la sale invention que l’on appelle amour, n’est-ce pas ? Non, Bouchette, je ne vous aime pas encore, au moins d’amour.
A ma grande stupeur, au lieu de provoquer une crise de nerfs ou un débordement de larmes chez cette petite nerveuse, ma réponse, un peu rude, la fait s’épanouir :
— Ah ! Tant mieux ! Je sens bien que c’est vrai, et c’est pour ça, voyez-vous, monsieur Montarès, que vous me plaisez tant. Donnez-moi le portrait de ma bouche, vite, en signant dessous, bien gros. Ils verront que vous ne craignez pas de vous compromettre.
Je l’examine attentivement. C’est une honnête petite fille têtue qui, trop tôt transformée en femme, n’a pas besoin du plaisir ou l’ignore. Elle est simplement flattée de devenir un modèle.