Boreuil, de plus en plus inquiet, flaire une pastille.

— Ça sent la violette. Il doit y avoir des cantharides. Quant à supprimer les effets désastreux de la cantharide… bien malin serait celui qui…

Je lui coupe la parole :

— Mon cher docteur, je ne redoute aucune aventure, même fâcheuse. Mes pastilles ne sont vraiment dangereuses que pour la pudeur de ces dames. Rien à craindre pour leur santé… si elles se portent bien ! Il se peut, du reste, que nos belles amies réagissent contre leurs trop doux effets. Si elles ne réagissent pas, elles demeureront innocentes, au moins devant moi, leur complice.

Boreuil, à cause de sa situation de médecin légiste, est perplexe. Les mauvaises plaisanteries ont des limites. Partagé entre l’envie de laisser faire et celle de confisquer la boîte, il tourmente un petit four jusqu’à l’écraser.

Jacques Otorel, pelant une poire, la pose, brusquement, sur son assiette :

— Et moi qui oublie mon rendez-vous ! Carlos Véra, je vous avais prévenu ? Je vais au bal des Moïses bleus. Je n’ai que le temps de préparer quelques cartons…

Sûr du mutisme de ce brave cher Maître, tout absorbé dans la confection d’un mélange de champagne, de liqueurs de plusieurs marques auxquelles il ajoute des cerises confites et de la glace en poudre, il s’esquive discrètement.

— Vous savez, Mesdames, ce petit Montarès, un gamin que j’ai vu naître au dessin, c’est un Don Juan, gronde Carlos Véra. Pour moi, je préfère mon vieux curaçao à l’angustura, voilà mon opinion !

— Voyons, Montarès, pas de blague, me chuchote le député communiste, avec vos sales réputations : Don Juan, le Marquis de Sade… Vous serez bien avancé quand vous nous aurez mis toutes ces filles sur les bras. Moi, j’ai l’habitude d’être fidèle à ma femme par mesure d’hygiène. Il est de toute évidence que je n’aurais pas dû me marier, mais ça date d’avant la guerre ! C’est stupide de jouer avec le feu. Ces brebis vont devenir enragées.