— Princesse, vous n’êtes pas sérieuse. Et si je ne vous le rapportais pas ?
— Oh ! fait-elle impassible, ces objets-là on ne peut ni les voler ni les prêter quand on est d’un certain monde… tout au plus peut-on les… partager.
Et elle s’en va, traînant derrière elle sa demi-queue d’écailles de nacre frisée de la frange plus claire du jour naissant.
XI
Je me débats dans les nuages ou des flocons d’ouate. Je crois même que j’en mange. C’est affreux ! Enfin, je reviens peu à peu à la surface de la vie, j’ouvre les yeux, je tends les bras… où sont donc passés tous ces fantômes et cette bizarre figure de cheval gris dominant ces chairs blanches ? De la chair ou du coton ? Mon Dieu, que je voudrais donc me débarrasser de ce cauchemar ! Voilà un rêve que je ne souhaite pas à mon pire ennemi : devenir le mari de la princesse. Un coup de couteau dans le haut du bras, juste à l’endroit sensible du biceps ! Le cauchemar s’accentue. Je ne suis pas réveillé. J’ai le bras pris par un étau. J’y porte la main avec hésitation, m’attendant à le trouver serré par la gueule puissante de Sirloup. Non. C’est le fameux diadème, la petite couronne cache-peigne !
Je m’assieds sur mon lit en essayant de raisonner. Pourquoi ai-je le diadème de Mme Servandini en bracelet dans le haut du bras ? Je secoue et je fais tomber le fabuleux bijou. Voilà l’œil de poisson féroce, l’énorme saphir unique au monde. On dirait une taie bleuâtre sur une prunelle malade. Et les rubis, en gouttes de sang, m’aveuglent, les topazes me brûlent, les brillants me piquent de leurs pointes cuisantes. C’est une couronne insolente, lourde comme un boulet. En désespoir de cause je le glisse sous mon oreiller. Il vaut mieux, tout de même, qu’on ne voie pas ça chez moi. Je me retourne afin de me rendormir lorsque j’entends, à travers les flocons d’ouate, la voix sourdement respectueuse de Nestor.
— Monsieur sait-il qu’il est midi ? Je suis bien obligé de prévenir Monsieur que son modèle attend.
— Un modèle, ce matin, quel modèle ? Je n’ai demandé personne pour ce matin, moi ?
— C’est une petite dame bien gentille qui s’imagine que vous êtes malade et qu’on veut le lui cacher.
— Zut ! Laissez-moi dormir. Je n’ai pas faim. Très soif, seulement. Donnez-moi un verre d’eau glacée.