Après le verre d’eau, Nestor s’en va.

Ma chambre, très grande, tendue de damas jaune est dénuée de bibelots encombrants. Une fort belle commode Louis XV bombe un ventre important en face d’un miroir très, trop moderne. Le lit, au milieu, est vaste, excellent. L’air joue autour comme s’il était situé en pleine campagne. Sirloup, étendu à mes pieds, me semble à cent lieues de moi. Ce chien-là bâille de faim si moi je bâille de sommeil, mais il ne se permettrait pas de se lever sans une formelle autorisation. Il regarde les deux fenêtres aux vitres verdâtres, des croisées anciennes, cintrées du haut, laissant pénétrer le jour du jardin comme tomberait l’eau d’une citerne.

Sirloup gronde et retrousse ses babines.

Il y a quelqu’un dans le jardin.

Je finis par aller voir.

Bouchette ! C’est Bouchette qui s’en retourne vers la grille, ma grille en barreaux de prison !

Personne, même de dos, ne peut avoir la tournure de Bouchette, et, la flanquant en gardes du corps très respectueux de son chagrin, Nestor et Francine la reconduisent en multipliant leurs petits saluts bienveillants. Un modèle qui pleure ! Ils n’ont jamais vu ça chez moi.

Je ne peux pas ouvrir la fenêtre dans le costume que je mets la nuit — je couche tout nu — alors j’ai une idée, car, non, je ne veux pas qu’on renvoie Bouchette. Je prends Sirloup au collier et je lui indique la scène.

— Tu vas leur porter ça, Sirloup.

Et je griffonne sur la première feuille de papier à dessin que je rencontre ce mot fiévreux :