« Bouchette, je suis à vous dans un instant. Commencez à déjeuner sans moi ; j’ai besoin de vous pour travailler. Merci d’être venue. »

Sirloup hoche la tête, dresse les oreilles, regarde attentivement dans le jardin, me regarde et file, dégringole l’escalier quatre à quatre.

Il est superbe, se dressant devant Bouchette, la bousculant de ses fortes pattes, lui offrant ma missive avec toute la dignité d’un agent de liaison. Je vois des gestes de terreur, puis de gaîté. Francine flatte le chien et Nestor fait vivement volte-face.

Il me faut un instant, qui dure une heure, pour me préparer à recevoir Bouchette d’une façon décente. Ça, c’est bien ma veine ! Traits tirés, les yeux creux, le cerveau en bouillie. Nestor se multiplie autour de moi dans le cabinet de toilette, répétant qu’il a prévenu Monsieur.

— Un modèle unique, Nestor !

Nestor demeure insensible quant au modèle unique, mais c’est le déjeuner qui l’inquiète.

— Froid ou trop cuit, grogne-t-il en appuyant son gant de crin, neuf, comme par hasard.

Après la douche, ça va mieux. Les flocons d’ouate se sont envolés. Mon cauchemar se change en rêve angélique. Je n’ai jamais été si pur d’intention. Je suis l’homme de bonne volonté dont parle l’Écriture, car j’ai la paix. Un coup d’œil à la grande glace. J’ai simplement l’aspect d’une vieille femme ! Il y a des chances pour que Bouchette me trouve très bien. Tant pis pour moi.

— Nestor, dites à Francine de faire un soufflé au chocolat, qu’elle n’oublie pas les friandises, les fruits, des fleurs, qu’elle soigne son couvert, hein !

Et je descends.