— Bouchette ! Ma pauvre Bouchette !

Elle est mélancoliquement assise près de la table.

Sirloup la surveille. Il la retiendrait probablement par la jupe si elle voulait sortir.

D’un bond, la jeune femme est sur moi, ses mains tendues.

— Oui, je suis venue. Je n’y tenais plus de vous voir. J’ai eu raison. Quelque chose me disait que vous étiez malade. Comme vous êtes pâle ? Qu’est-ce que vous avez, monsieur Montarès ?

— Je n’ai rien, Bouchette. On se lève tard quand on a passé la nuit… dans le monde. Si vous m’aviez prévenu de votre visite, au moins la veille ! Nous allons faire du bel ouvrage, dessiner une jolie Bouchette, une vraie, celle-là. D’abord, à table. Sirloup, tiens-toi tranquille entre nous deux. Nous avons faim.

La table étincelle de tous les joujoux de la maison et une délicieuse odeur de chocolat vanillé monte des sous-sols.

Bouchette, consolée, se tamponne les yeux avec sa houppe à poudre de riz et s’en fourre dans le nez, en reniflant fort.

Elle a quitté son manteau, et son tailleur court lui va mieux que jamais. Elle a, sous la lumière crue, un cou jeune et tendre avec un léger pli sous l’oreille. Cela sort de sa blouse de soie bleue comme le renflement d’un cornet d’arum.

— Voyez-vous, monsieur Montarès, dit-elle de sa voix douce, je n’aurais jamais dû me mêler de vous. A présent, je ne peux plus me passer de votre conversation. C’est comme quand on chantait dans la cour de mon atelier, je n’entendais toujours pas très bien ce qu’on disait, mais je me grisais de la voix et ça me berçait encore que c’était déjà fini… Comme c’est beau, chez vous ! Un jardin, un chien, des fleurs dans une pièce d’eau ! On se croirait bien loin de Paris. Vous êtes là chez vous, comme un roi… et vos domestiques ont l’air d’être vos parents. Je suis bien contente que vous ne soyez plus malade si vous ne mentez pas. Mon portrait ? Ça va en faire des jalouses ! Ils ne diront plus que je suis laide. (Elle ôte son chapeau.) J’ai des cheveux tout plein, seulement, je ne sais pas me coiffer à la mode. Je les couperai, si vous aimez mieux…