— Quels miracles, Monsieur ?

Je me lève, heureux d’une diversion, car la Muse en service commandé pour le frontispice de cet album tourne mal. Je casse, sur elle, autant de pastels que je voudrais briser de… fleurs sur les épaules de Mme Pauline Vallier.

— Oui, l’arbre sec ressuscite !…

J’entraîne Francine au rez-de-chaussée. Nous pénétrons dans cette grotte sombre où sourit ma Vénus.

— Voyez-vous ce bourgeon, Francine, ce petit brin vert qui va se dérouler, cette menue feuille qui se tendra comme une petite main ? Eh bien, c’est la dernière branche du centenaire, il revit. Sa race renaît !

A gauche du chevalet, du tronc luisant de l’arbre mort, a jailli une minuscule pousse écartant péniblement l’écorce, puis, plus solide et aussi parce qu’en face d’elle j’ai laissé pénétrer le soleil, la branchette s’est dressée peu à peu, du vert tendre passant au vert foncé, du jade allant à la translucide émeraude, écartant, comme des doigts, une feuille de platane, parfaitement conformée.

— Voilà, Francine. C’est un miracle. Un arbre desséché depuis que nous sommes ici, c’est-à-dire depuis plus de seize ans, nous apprend que certaines puissances sont éternelles.

D’un air incrédule, Francine secoue la tête :

— Je dois dire à Monsieur que ça lui est arrivé plusieurs fois, à cet arbre-là, depuis que je le connais, seulement c’est la première qu’on ne me le laisse pas frotter. Quand je faisais le ménage ici, les autres printemps, je lui donnais quelques bons coups de plumeau et je le passais à l’encaustique pour le débarrasser de tous ces vilains petits champignons qui pourrissaient. Si j’avais su que ça plaise à Monsieur, ce genre de bourgeon-là…

Elle n’ose pas rire devant ma mine déçue. Mon miracle est par terre ! Aucune coïncidence, pas même un tour de force de la nature. Ponctuellement, depuis plus de quinze ans, mon arbre mort manifeste une vie intérieure qui s’extériorise au retour de la saison tiède. Il n’a jamais cessé de vivre, de pousser sa petite branche, son rameau, espoir de sa race, et sans la pâte à reluire de la civilisation il aurait, sans doute, mis tout naturellement son enfant au monde !