— Vous comprenez, Monsieur, glisse timidement Francine, cherchant à me consoler, un arbre qu’en enferme dans une chambre, bien à l’abri, qui sert de cadre aux peintures de Monsieur, ce n’est qu’un meuble de plus pour moi, je ne pensais pas mal faire de l’entretenir comme tous les autres meubles, rapport à l’hygiène !…
Ah ! oui, la fameuse hygiène ! On doit tuer pas mal de gosses au nom de cette hygiène intensive, de même qu’en essayant de perfectionner, de refaire la race française par les sports intensifs, on a réussi à produire cette effroyable espèce d’animal qu’on appelle un champion, le garçon aux oreilles décollées, aux yeux bovins, dont les bras de singe terminés en battoirs peuvent se taper les genoux sans le forcer à se baisser. Ils font peur aux femmes et, en outre, ils ont très peur d’elles, parce que ça les empêcherait de gagner leur match du dimanche.
Le soir tombe et une lueur presque rose vient empourprer l’eau de ma citerne.
Je suis excessivement déprimé.
On entend les gonds de la grille du jardin qui tournent, appelant au secours : c’est un petit télégraphiste. Il apporte un pneu. Francine réapparaît :
— Est-ce que Monsieur dînera ce soir ?
— Non, je ne crois pas.
Et elle me laisse en tête à tête avec… l’autre miracle, le vrai, celui-là, son écriture :
« J’attendrai, ce soir, 7 h., M. Alain Montarès, à l’hôtel de Flandres. Demander Mme Valérie. »
Je reçois une telle commotion que ce crépuscule rose me monte brusquement au cerveau comme un verre de vin pur.