Et, avant que l’étranger ait eu le temps de s’étonner, je lui explique :

— Je connais une histoire que je ne peux raconter qu’à vous. Ne me demandez pas pourquoi ; dites-moi seulement si vous êtes bien assis, si votre thé est assez sucré et si vous voulez entendre mon histoire.

Mon hôte dut sourire. Puis il répondit simplement :

— Oui.

— Aux trois questions, oui ?

— Aux trois questions.

Tous deux en même temps nous nous rencognâmes dans nos sièges, de sorte que nos visages devinrent pleins d’ombre. Je reposai mon verre de thé, me réjouis de le voir luire d’un éclat si doré, oubliai de nouveau lentement et demandai soudain :

— Vous rappelez-vous encore le bon Dieu ?

L’étranger réfléchit. Ses yeux s’enfoncèrent dans l’obscurité et, avec leurs petits points de lumière dans les pupilles, ils ressemblaient à deux longues treilles dans un parc, au-dessus desquelles sont répandus, rayonnants et larges, l’été et le soleil. Ces yeux aussi commençaient par un crépuscule rond, s’étiraient dans une obscurité de plus en plus étroite, jusqu’à un point lointain et scintillant : la sortie, de l’autre côté, sur un jour peut-être encore beaucoup plus clair.

Tandis que je reconnaissais cela, il dit en hésitant et comme s’il ne se servait qu’à contre-cœur de sa voix :