Un vieux nuage craignit qu’elle ne m’eût offensé.
— Il y a des pays très différents, dit-il en manière d’apaisement. Je me suis un jour perdu au-dessus d’une petite principauté allemande, et aujourd’hui encore je ne puis croire qu’elle fasse partie de l’Europe.
Je le remerciai et dis :
— Je vois que nous nous accorderons difficilement. Si vous le permettez, je raconterai tout simplement ce que j’ai vu durant ces derniers temps se dérouler au-dessous de moi. Cela vaudra sans doute mieux.
— Je vous en prie, m’autorisa le vieux nuage au nom de tous.
Je commençai :
— Des hommes sont dans une chambre. Je suis assez haut, et voilà pourquoi ils m’apparaissent comme des enfants. Aussi dirai-je tout simplement : des enfants. Des enfants donc sont dans une chambre. Deux, cinq, six, sept enfants. Ce serait trop long de leur demander leurs noms. D’ailleurs les enfants semblent causer avec animation ; et sans doute leur conversation trahira-t-elle l’un ou l’autre de leurs noms. Il y a peut-être assez longtemps déjà qu’ils sont réunis, car l’aîné (j’entends qu’on l’appelle Hans) remarque comme en manière de conclusion :
— Non, décidément, nous ne pouvons pas en rester là. J’ai entendu qu’autrefois, le soir, — les soirs tout au moins où l’on était sage, — les parents racontaient toujours des histoires aux enfants jusqu’à l’heure d’aller se coucher. Est-ce que ces choses-là arrivent encore aujourd’hui ?
Une petite pause, puis Hans se répondit à lui-même :
« Non, elles n’arrivent plus nulle part. Pour moi, puisque je suis déjà grand, je leur abandonnerais volontiers les quelques dragons qui leur donneraient tant de mal, mais, en somme, ils ont le devoir de nous dire qu’il y a des ondines, des nains, des princes et des monstres. »