D’autre part, la vie semi-recluse du gynécée développe chez les femmes une curiosité enfantine et souvent vicieuse. Elles se visitent mutuellement dans leurs appartements et se divertissent ensemble à divers ouvrages. Des intrigues se nouent grâce à des esclaves infidèles ou à quelques-unes des nombreuses entremetteuses qui rôdent de gynécée en gynécée. Aussi, les femmes parviennent-elles à endormir ou à tromper la surveillance la plus sévère : d’instinct et sous la poussée du désir passionnel, elles savaient, il y a vingt-cinq siècles comme aujourd’hui, se jouer de la tyrannie et de la jalousie du sexe fort. Nous verrons d’autre part qu’elles ne répugnaient pas à la science du baiser.
En principe, toute la Grèce fut monogame, bien que, au dire de certains écrivains, il y eut des exemples de bigamie, parmi lesquels Socrate et Euripide. Diogène Laërce prétend aussi qu’une loi votée au temps de la guerre du Péloponnèse pour remédier à la dépopulation causée par la guerre et par la peste, permettait aux Athéniens d’avoir simultanément une femme légitime et une autre femme donnant le jour à des enfants légitimes.
Tout cela est sujet à discussion ; mais de temps immémorial, les Grecs conservèrent à la portée de leurs désirs un certain nombre de concubines. Priam disait à Hécube : « J’ai eu dix-neuf enfants de toi seule ; les autres me sont nés des concubines que j’ai dans le palais. » Agamemnon possédait un grand nombre de belles femmes qu’il avait reçues en don ; Nestor et Phénix, malgré leur grand âge, avaient des concubines.
Il n’est pas certain que la loi autorisait formellement le concubinat. Et cependant, la pallaque avait certains droits définis. Elle était, en somme, celle qui tient lieu de l’épouse, sans les justes noces : esclave achetée ou servante prise à louage — bonne à tout faire — elle n’en faisait pas moins partie essentielle du domicile des époux, surtout indispensable pendant les maladies, les couches et les autres empêchements périodiques de la véritable épouse.
Elle était toutefois garantie, la plupart du temps, contre les caprices du maître, par une sorte de contrat d’après lequel le quasi-mari s’engageait à payer une somme d’argent — un dédit — pour le cas où, sa fantaisie satisfaite, il renverrait la femme. Aussi, les citoyens pauvres faisaient-ils aisément de leurs filles des pallaques.
Au reste ce concubinat était si bien reconnu que le concubin surprenant un homme dans les bras de sa concubine pouvait le tuer impunément[22].
[22] Démosthène, contre Aristocrate, §§ 53 et 55.
Les maris ne voyaient évidemment pas malice à ce coudoiement de la femme et de la concubine. Apollogène même, aimant également sa femme et sa maîtresse, prie les dieux que ces deux femmes puissent demeurer ensemble, en bon accord et sans jalousie, de même que ces deux amours habitent dans son cœur dans une parfaite concorde[23].
[23] Lettres d’Aristénète, II, 11.
La femme étant en quelque sorte la propriété de son mari, celui-ci aura logiquement tous les droits sur elle, qu’il la néglige ou non, tout son corps, tous ses baisers lui appartiennent en propre ; elle sera souillée à jamais d’avoir subi le contact d’un autre homme[24].