Bien entendu, les sophistes, Hippias en tête, et les sceptiques, comme Sextus Empiricus, traitaient dédaigneusement les préjugés contre l’inceste. Diogène le Cynique approuvait fort les Perses de ne pas avoir plus de scrupules que les coqs, les chiens et les ânes[35].

[35] Daremberg et Saglio, Diction. des Antiquités grecques et romaines, art. Incestum.

Avec de pareils maîtres, le baiser conjugal serait donc pur baiser bestial : l’humanité veut moins et mieux.

CHAPITRE II

Les Grandes Hétaïres

L’hétaïre, reine d’Athènes.
Leontium et Epicure — Glycère et Ménandre.
L’école-harem d’Aspasie : baiser et rhétorique. — Aspasie et Périclès.
Apelles fait l’éducation érotico-philosophique de Laïs.
La Circé de Corinthe. — Xénocrate et les baisers de Laïs.
Phryné, la courtisane hiératique. — Le culte de la beauté.
Procès et acquittement de la prêtresse de Vénus.

La femme, ses amours et ses caprices ont passionné la Grèce. Grâce à ses rapports avec l’Orient voluptueux, à son culte de la beauté, Athènes remplit le monde de ses plaisirs. Ses courtisanes et ses artistes en firent comme le sanctuaire des délices sensuelles.

Au sommet de l’échelle voluptueuse trône l’hétaïre, qu’il n’est pas permis de confondre avec la prostituée, même de haut étage, tellement sa situation est spéciale. L’hétaïre fut véritablement la reine d’Athènes, surtout à partir du siècle de Périclès. On avait trouvé pour elle jusqu’à une définition galante : « L’hétaïre n’était pas seulement la femme faisant commerce de galanterie, mais encore une femme capable de s’attacher avec sincérité, se liant même d’amitié avec les femmes de condition libre, les filles honnêtes même. Anaxile dit : Une fille qui parle avec retenue et modestie, accordant ses faveurs à ceux qui recourent à elle dans leurs besoins, a été nommée hétaira ou bonne amie. Elle se distingue absolument de la courtisane. Elle est franche, elle est charmante »[36].

[36] Athénée, Banquet des savants, XIII, 6.

En somme, l’hétaïre, c’est la réalisation de tout ce qui, chez la femme, n’est ni le devoir domestique, ni la volupté brutale. Esprit, adresse, souplesse, facilité à tout comprendre, art de causer, sympathie pour les arts, séduction de l’âme, de l’esprit et des sens : elle réunit toutes les qualités qui semblent interdites à la femme du gynécée. Elle naît esclave, elle se fait reine.