Laïs avait amassé une fortune immense, mais vécu avec une prodigalité telle que, sur ses vieux jours, restant sans ressources, elle tomba dans la prostitution la plus vile.

Après sa mort, Corinthe fit élever sur les bords du fleuve Pénée, dans le pays où elle était morte, un tombeau à la grande amoureuse avec cette inscription :

« La Grèce glorieuse et invincible fut asservie à la beauté de Laïs. L’amour lui donna le jour ; Corinthe l’éleva et la nourrit dans ses murs superbes. Elle repose dans les campagnes fleuries de la Thessalie. »[43]

[43] Athénée, Banquet, XIII, 6 ; — Aristophane, Plutus ; — Elien, Histoires diverses, X, 2 ; — XIV, 35.

Phryné, de Thespie, dut rêver toute jeune de passer à la postérité : car elle a gardé presque invariablement une attitude quasi-hiératique. Elle fut courtisane, certes, mais avec magnificence, avec une dignité inattaquable, comme la prêtresse d’un culte sacré. Certains même prétendent qu’elle reçut le surnom de Scethron ou Crible, parce qu’elle criblait ceux qui jouissaient de ses faveurs, et les dépouillait de leur fortune ; mais les déesses ne veulent-elles pas d’opulents sacrifices ? Point chez elle de faiblesses ou de défaillances : tout au plus lui reproche-t-on d’avoir entretenu quelque temps un certain Gyllion ; encore ce parasite n’était-il rien moins qu’un des sénateurs de l’Aréopage.

Mais cette hétaïre insensible et cupide, douée d’un corps admirable, vivait « comme une matrone pudique, close dans son palais d’amour ». Elle ne se laissait pas voir facilement sous le seul voile de la nature. Sa tunique lui enveloppait étroitement tout le corps, et jamais elle n’allait aux bains publics.

En revanche on la vit un jour, dans les fêtes d’Eleusis, s’avancer sur le rivage, dénouer ses blonds cheveux et sa ceinture et, laissant tomber jusqu’au dernier voile, descendre lentement et se baigner dans la mer. Ce fut à cet instant que le peintre Appelles la considéra toute nue, pour en faire sa Vénus sortant des ondes.

Phryné, aimant et recherchant la gloire, dut fréquenter ceux qui pouvaient la donner, les artistes. Le sculpteur Praxitèle eut pour elle la plus violente passion. Il fit, d’après elle, la Vénus achetée par les Gnidiens, qui la placèrent au haut d’une colline, dans un temple ouvert de toutes parts. Il grava aussi sur la base de la statue de l’Amour placée au bas de la face du théâtre :

« Praxitèle a vu Phryné, et il a tracé l’image de l’Amour. »

C’est encore un ouvrage du même sculpteur, statue d’or, qui fut placé dans le temple de Delphes, et devant lequel le cynique Cratès s’écriait : « Voici donc un monument de l’impudicité de la Grèce. »