[58] Aristophane, Les Grenouilles.
[59] Athénée, Banquet, XIII, 3 et 4.
[60] Anthologie grecque, Epigrammes érotiques, 129.
Aussi se les disputait-on souvent après le repas. Si elles appartenaient à quelque patron ou à une mère qui les exploitait, il arrivait fréquemment qu’on les mettait à l’enchère et qu’elles devaient finir la nuit entre les bras du dernier enchérisseur. Dans le cas contraire, elles choisissaient à leur gré parmi les soupirants ; à moins toutefois que cette liberté même ne leur fût pas accordée par les convives. Il n’était pas rare, en effet, que les compétitions dégénérassent en querelle, voire en bataille ; et les courtisanes disputées recevaient, sans trop se plaindre, une part des coups donnés à table. Avec quelque habileté, les débauchés opéraient là de fructueux sauvetages. Ainsi, Philocléon, asseyant amoureusement une gentille joueuse de flûte sur ses genoux, se flatte de l’avoir soustraite aux exigences des convives qui, dans leur ivresse, voulaient parfaire le baiser à travers ses lèvres. Et le sauveteur ne tarde pas à solliciter des témoignages matériels de gratitude : « Monte là, mon petit hanneton doré, saisis cette corde (penem) avec la main. La corde est usée, mais elle aime encore qu’on la frotte. Allons, mon petit (cunne mi), sois reconnaissante à cette corde (huic peni)[61].
[61] Aristophane, Les Guêpes.
Dictériades, courtisanes, aulétrides et danseuses avaient pour clients ordinaires des jeunes gens riches. Une coupe signée Hiéron représente des jeunes gens en visite chez une femme au baiser facile : l’un tient une bourse, l’autre une fleur, le troisième offre une couronne. Sur un vase du musée de Madrid une femme couchée nue tend la coupe à une autre couchée en face d’elle et l’invite à la vider. Des soupers suivis de bals, d’orgies réunissaient, chez les courtisanes ou chez les traiteurs, les viveurs d’Athènes ou de Corinthe, chacun d’eux amenant une compagne, soit une maîtresse habituelle, soit une courtisane louée. L’opinion publique était très indulgente pour ces désordres des jeunes gens, à condition que le scandale fût évité, et que le jeune homme sût s’arrêter à temps[62].
[62] Térence, L’Andrienne.
Les mœurs à Athènes toléraient même les relations des hommes mariés avec les courtisanes. Hypéride, qui fut publiquement l’amant de Phryné, entretint jusqu’à trois maîtresses à la fois : à la ville Myrrhine, au Pirée Aristagora, à Eleusis Phila.
Thémistocle, fils lui-même de la courtisane Abrotone, entra dans la ville sur un char attelé de quatre courtisanes, Lamie, Scionne, Satyra et Nannion (ou plutôt sans doute sur un char portant, à côté de lui, ces quatre courtisanes). Sophocle conçut, dans sa vieillesse, une ardente passion pour la courtisane Théoris. Il aima aussi, tout près de sa fin, la courtisane Archippe et lui laissa ses biens par testament. L’orateur Isocrate eut pour maîtresses Métanire et Callée. Harpalus le Macédonien, amoureux de la courtisane Pythionice, dépensa beaucoup pour elle ; et quand elle fut morte, il lui éleva un pompeux monument et suivit lui-même son corps à la sépulture, accompagné d’un nombreux cortège des plus habiles artistes et de musiciens qui chantaient en accord au son de toutes sortes d’instruments. Le monument s’élevait sur le chemin sacré qui allait d’Eleusis à Athènes. Après Pythionice, il fit venir Glycère, à qui il érigea une statue à Tarse en Syrie[63].
[63] Athénée, Banquet, XIII, 5, 6.